Encore de nombreuses incertitudes politiques

Alors que 2018 touche à sa fin, la reprise de l’économie mondiale ralentit sous l’effet du resserrement des conditions financières, de contraintes de capacités sporadiques et d’incertitudes politiques accrues. Ces facteurs n’affectent pas au même titre toutes les économies et frappent plus durement celles qui présentent d’importants déséquilibres externes, telles que la Turquie et l’Argentine.

Sur une note plus positive, l’impulsion vigoureuse donnée par la politique budgétaire expansionniste américaine, l’assouplissement ciblé des politiques économiques chinoises et les politiques monétaires toujours accommodantes en Europe et au Japon influeront positivement sur l’économie d’ici à 2019. Le repli récent des cours pétroliers constitue également une bonne nouvelle, nous prévoyons ainsi une croissance toujours robuste des principales économies mondiales en 2019, de l’ordre de 3,0 % après 3,3 % en 2018, en termes réels. Toutefois, ce scénario s’accompagne d’un climat de grande incertitude politique :  tensions commerciales, Brexit, débat sur le budget italien, votes pour la présidence du CDU en Allemagne et les élections législatives européennes. Aussi les prochains mois seront décisifs, non seulement pour l’année 2019 mais également pour les suivantes.

Les élections de mi-mandat américaines du 6 novembre ont conforté la majorité républicaine au Sénat mais la Chambre des Représentants est désormais aux mains des Démocrates. En termes de politique intérieure, cette situation bridera certainement les ambitions des Républicains, avec peut-être une surprise positive sur le niveau des dépenses d’infrastructures. Sur le front des relations extérieures, le Président Trump doit rencontrer son homologue chinois Xi au sommet du G20 le 30 novembre, et même si les chances de reflux rapide des tensions sino-américaines sont bien maigres, on peut espérer qu’un retour du dialogue débouche sur une suspension des nouvelles augmentations de droits de douane promises par les États-Unis.

Michala Marcussen, Societe Generale’s Group Chief Economist

Michala Marcussen, Chef économiste du Groupe Société Générale

L’Union européenne (UE) espère aussi mener à bien les négociations commerciales avec Washington. Cependant elle doit faire face à des problèmes internes plus pressants. Citons en premier lieu le Brexit, dont l’échéance se rapproche rapidement sans qu’aucun accord n’ait encore été conclu pour garantir une transition ordonnée et éviter un Brexit sans accord, qui pourrait plonger le Royaume-Uni dans la récession, avec des retombées négatives inévitables pour le reste de l’Europe. En second lieu, nous observons des tensions persistantes entre le gouvernement italien et la Commission Européenne au sujet du nouveau programme économique présenté par l’Italie. L’aspect le plus inquiétant de ce programme est l’absence de réforme susceptible de relancer la croissance structurellement faible du pays, dont elle a tant besoin.

En ce qui concerne la zone euro, les négociations du Brexit et les tensions relatives au budget italien retardent les avancées nécessaires à la réalisation du projet européen, mais ce ne sont pas les seuls obstacles. En Allemagne, la Chancelière Angela Merkel a choisi d’abandonner la tête du parti CDU après la défaite cuisante de celui-ci aux élections régionales de Hesse, ouvrant la voie à un vote pour la direction de la CDU le 7 décembre. Même si la Chancelière n’envisage pas de quitter ses fonctions, l’Allemagne pourrait faire face à une nouvelle élection bien avant le prochain scrutin prévu en octobre 2021. La position du nouveau chef de la CDU à propos de l’Europe sera suivie de près dans tout le continent, tout comme les élections législatives européennes entre le 23 et le 26 mai 2019. Ces deux événements joueront un rôle clé pour l’avenir du projet européen et la position de l’Europe sur la scène internationale au cours des prochaines années.

À court terme, ces incertitudes politiques auront des conséquences économiques bien réelles, puisque les chefs d’entreprises et les ménages ont tendance à suspendre leurs investissements importants, leurs recrutements et leurs dépenses en situation d’incertitude. Cet effet a été particulièrement visible au Royaume-Uni, mais aussi dans les économies directement concernées par les incertitudes politiques évoquées ci-dessus. Les marchés reflétant souvent le sentiment de l’économie réelle, une certaine prudence sera certainement de mise en attendant que l’incertitude politique se dissipe. Ensuite, les intervenants se focaliseront probablement de nouveau sur les banques centrales. À supposer que les issues politiques les plus défavorables soient évitées, la solidité sous-jacente des grandes économies devrait permettre aux principales banques centrales de poursuivre un resserrement monétaire progressif en 2019, Réserve Fédérale en tête, suivie par la Banque Centrale Européenne, la Banque d'Angleterre et même progressivement la Banque du Japon.

 

Article du 07.11.2018