L'Afrique, un enjeu pour l'innovation au féminin

Entretien avec Delphine Remy-Boutang

Après le succès des éditions à Paris, la Journée de la Femme Digitale (JFD), dont Société Générale est partenaire, s'exporte pour la première fois en Afrique, à Dakar. Pendant deux jours, sur le thème « Elles changent le monde » l'événement veut promouvoir l'innovation au féminin pour favoriser une société numérique responsable plus inclusive. Delphine Remy-Boutang, cofondatrice de la JFD, nous explique cette initiative au Sénégal et les grands enjeux de la féminisation dans les nouvelles technologies.

Comment avez-vous eu l'idée de créer la Journée de la Femme Digitale ?

J'ai cofondé la journée de la Femme digitale en 2013, après avoir travaillé chez IBM en Angleterre pendant une quinzaine d'année. Quand je suis rentrée en France, j'étais souvent invitée à prendre la parole au sujet de l'innovation, de la Tech, et il y a 7 ans j'étais souvent la seule femme dans les tables rondes. Donc on a eu l'idée de créer un événement pour promouvoir l'innovation au féminin, l'entrepreneuriat et l'intrapreneuriat au féminin.

L'événement a grandi puisqu'on est passé de 300 personnes la première année à 10 000 participants l'an dernier, et même 25000 en livestream.  Et on a doublé ces chiffres cette année à la Maison de la Radio. Mon expertise, c'est la communication, et avec la JFD on met en lumière, on valorise tous ces rôles models, ces rôles makers, qui sont des femmes qui font, qui créent, qui innovent, qui génèrent des emplois. On les fait grandir via des impulsions, des accélérateurs, du lien qu'on va mettre en place entre ces startups et les grands groupes.

On leur offre de la visibilité, et c'est essentiel. Je prends souvent l'exemple de Frichti, une startup qui a éclot à la 4e édition de la JFD en 2017, ou Leetchi qui était là à la première édition. Notre valeur ajoutée, c'est d'aller chercher ces pépites sur le point d'éclore et les propulser sur le devant de la scène.

Delphine Remy-Boutang

L'idée c'est aussi de faire sauter les barrières pour les femmes, qu'elles osent, qu'elles se disent que c'est possible de travailler dans les Techs ?

Il n'y a jamais eu un meilleur moment que d'être une femme aujourd'hui. Il faut juste leur donner confiance. Il y a tellement d'opportunités autour du numérique, il faut être là. C'est important que les femmes s'y sentent à l'aise pour deux raisons. D'abord le numérique au départ, ce sont des femmes : le code est un langage crée par une femme, Ada Lovelace, ensuite il y a eu les figures de l'ombre pendant la guerre ou Margaret Hamilton à la NASA qui a largement contribué au premier pas de l'homme sur la Lune.

Dans les années 1970, quand le numérique a pris ses lettres de noblesse, les hommes s'en sont emparés et aujourd'hui les femmes sont sous représentées, avec 28% et seulement 10% dans les startups tech. Pour l'IA, qui représente les métiers de demain, un algorithme n'est pas neutre, et s'il est pensé, écrit, réfléchi par un homme, ces robots seront biaisés. Les femmes ne sont pas meilleures, elles apportent juste un autre regard, qui représente tout de même de 50% l'Humanité.

Pourquoi avoir choisi l'Afrique pour la première JFD à l'étranger ?

C'est le continent champion de l'entreprenariat féminin, avec 27% des femmes qui créent leur entreprise. Les femmes participent activement à la croissance du continent. L'Afrique, c'est le berceau de l'Humanité, mais c'est aussi son destin, quand on sait qu'en 2100 1 être humain sur 3 sera africain. Notre ambition, c'est de créer des liens entre les continents, des synergies, d'intégrer les startups locales dans un écosystème plus large. L'Afrique, c'est l'avenir pour le numérique.

On pense d'ailleurs déjà à la prochaine édition, qui devrait avoir lieu en Ethiopie, où la présidente et la première ministre sont des femmes, et qui est le seul pays d'Afrique qui n'a pas été colonisés. Ce sont de beaux symboles d'ouverture et de liberté.

Quel est l'accueil à Dakar ?

Nous avons 300 places pour 650 inscrits ! Donc ces deux journées articulées autour de l'inspiration, de l'expérience et du networking sont déjà un vrai succès. L'idée c'est d'en faire un événement panafricain : on a des startups qui viennent de toute l'Afrique : Côte d'Ivoire, Togo, Bénin, Tchad, Mali, Afrique du Sud…

On va remettre des prix, les Margaret, on va aller visiter tout ce qui se fait à Dakar, qui est un modèle en Afrique en termes d'écosystème innovation. On va notamment visiter le Lab Innovation by Société Générale pour présenter tout ce votre Groupe fait pour aider les femmes à grandir et à inscrire leur projet de façon pérenne. Parmi la cinquantaine d'intervenants on retrouvera Florent Youzan, le directeur du Lab Innovation, ou Edith Brou.

Pourquoi est-ce important d'avoir le soutien de grands groupes comme Société Générale ou Total ?

C'est ensemble qu'on peut arriver à changer le monde. C'est aussi grâce à votre soutien, grâce à tout ce que vous faites pour l'entrepreneuriat au féminin, qu'on va y arriver. On est ravis de vous avoir à nos côtés. On a aussi un fort soutien en France, notamment des pouvoirs publics, on est reçu à l'ambassade de France, nous avions été reçus par Edouard Philippe à Matignon pour lancer la 7e édition à Paris.

Quand on connaît les enjeux business il faut que tout le monde prenne conscience que c'est maintenant qu'il faut agir. L'IA va générer plus de 2,3 millions d'emplois. La question est de savoir qui va prendre ces emplois. Ne pas féminiser ces métiers, c'est construire un avenir toujours plus inégalitaire et biaisé.

Instants Africains : la parole aux entrepreneurs

La dynamique entrepreneuriale racontée par 4 influenceurs africains : telle est l'ambition du blog « Instants africains ». C'est un récit de l'Afrique qui entreprend, par ceux qui la font, qui la vivent, qui la façonnent. Ainsi, « Instants africains » est le lieu d’échange où Edith Yah Brou, Diane Audrey Ngako, Florent Youzan et Jean-Marc André partagent leurs rencontres avec des figures africaines qui les ont marqués par leur esprit entrepreneurial.

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