La politique économique est en train de devenir beaucoup plus difficile

Une certaine baisse de régime semble caractériser l'activité économique des grandes économies avancées, dans ce qui apparaît comme la troisième phase de la crise Covid19. Contrairement aux deux premières phases, marquées par un effondrement de l'activité dans le cadre d'un confinement strict, puis par un net rebondissement à mesure que les confinements se sont relâchées, la troisième phase, caractérisée par un virus toujours actif et des mesures restrictives plus localisées, pourrait bien durer plus longtemps et exiger beaucoup plus de la politique économique.

Michala Marcussen, Chef Economiste du Groupe et Directrice des Etudes économiques et sectorielles
17/09/2020
 

La réponse politique initiale visant à compenser le coût des mesures d'immobilisation a varié d'un pays à l'autre, mais elle avait pour objectif commun de protéger les entreprises contre les effondrements ou les prises de contrôle hostiles et de soutenir les revenus des ménages. Ces mesures étaient généralement de grande envergure, mais temporaires et conçues de manière assez indifférenciée. Compte tenu de l'ampleur du choc et de la rapidité avec laquelle il s'est produit, cela fut approprié.

La crise épidémiologique étant toujours en cours, un certain nombre de mesures temporaires ont été prolongées, mais cela n'a pas été sans frictions. L'exemple le plus frappant vient des États-Unis, où le Congrès n'a pas réussi à approuver la prolongation de l'allocation de chômage supplémentaire de 600 dollars par semaine qui a expiré à la fin du mois de juillet. Le décret du président Trump autorisant jusqu'à 400 dollars par semaine n'offre qu'un soulagement partiel et fait appel au fonds de secours aux victimes de catastrophes de 44 milliards de dollars qui pourrait être épuisé en quelques semaines seulement. Les ménages risquent donc de connaître une grande incertitude.

Dans un sens plus positif, la France, l'Allemagne et l'Italie ont toutes obtenu des prolongations pour leurs régimes d'aide aux travailleurs respectifs, l'Italie cherchant à obtenir le soutien du nouveau mécanisme SURE de l'Union européenne en matière de chômage. Tous ces pays redoutent que la mise en œuvre de ces mesures pendant une période très longue n'entraîne une pression importante sur leurs finances publiques.

Les entreprises devraient également bénéficier de la prolongation de diverses mesures de soutien temporaires, mais si les modèles ne sont pas modifiés, une simple prolongation des prêts garantis par l'État ou des divers moratoires ne fera qu'accroître l'endettement des entreprises. En fin de compte cela menacera leur solvabilité et risque de déclencher une vague de défaillances d'entreprises et de pertes d'emplois définitives. Pour éviter un tel scénario, les gouvernements doivent s'assurer qu'une demande suffisante soit dirigée vers le secteur des entreprises, même dans un scénario de crise sanitaire persistante. Il est en outre important d'éviter la zombification, qui consiste à piéger les ressources dans des entreprises improductives, ce qui entraînerait une faible croissance globale et risquerait d'accroître les inégalités.

Stimuler les investissements dans les infrastructures publiques, et notamment celles destinées à faciliter les transitions vers le numérique et l'économie verte, est une solution attrayante et se trouve au cœur du plan de relance européen « prochaine génération UE ». La mise en œuvre concrète de ce programme pose toutefois de nombreux défis, qu'il s'agisse de la simple logistique d'approbation des projets, de la disponibilité de travailleurs qualifiés ou de la garantie que les projets soient sélectionnés de manière adéquate pour produire des effets multiplicateurs positifs dans l'ensemble de l'économie. L'ampleur du choc actuel exige que tout cela doit se fasse à une vitesse sans précédent et en tenant compte autant que possible des effets secondaires, car les risques de transition sont importants, que ce soit pour les travailleurs, les secteurs individuels ou les chaînes d'approvisionnement mondiales.

Il est encourageant de constater l'émergence d'un consensus politique dans de nombreuses économies avancées en faveur du déploiement de ces programmes d'investissement public sous diverses formes. Cette nouvelle phase de la réponse à la crise du Covid19 s'accompagne toutefois de risques importants de mise en œuvre et d'un risque d’interruption prématurée. En effet, ces politiques devront aller bien au-delà de toute reprise initiale, ce qui nécessitera de modifier les "lignes rouges" antérieures concernant les règles et pratiques en matière de politique budgétaire. Il ne sera pas simple de relever ces défis politiques mais ces efforts en valent la peine, c’est ce que de nombreux économistes souhaitent depuis longtemps afin de sortir de la stagnation séculaire.