Provepharm Life Solutions mise sur la 3e voie de l’innovation pharmaceutique

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En donnant une seconde vie thérapeutique à des molécules oubliées, Provepharm Life Solutions bâtit un groupe pharmaceutique mondial. Sa stratégie ? Une innovation accélérée et des traitements accessibles au plus grand nombre. Portrait de son président, Michel Féraud.

Un chercheur qui veut trouver !

Michel Féraud a bien failli ne jamais devenir chimiste. « Alors que je suivais des études de chimie organique à l’Université Saint-Jérôme de Marseille, un professeur m’a clairement signifié que si je n’étais pas motivé, il valait mieux me tourner vers une autre formation. Cette annonce a provoqué un réel déclic. Dès lors, j’ai envisagé la chimie comme un Lego ou des molécules pouvaient se transformer en médicaments pour soigner ou en parfums pour apporter du bien-être. »

Porté par cette nouvelle motivation, Michel obtient son doctorat en finissant major de sa promotion tout comme son ami d’enfance, Christophe Baralotto. Nous sommes en 1997. Ensemble, sans fonds propres ni clients, ils décident de fonder leur propre entreprise qui deviendra plus tard Provepharm Life Solutions. Avant d’imaginer ce qu’ils devaient trouver, les deux nouveaux chimistes dessinent leur feuille de route en fonction de là où ils souhaitaient aller. « Si nous n’avions aucune idée de ce que nous allions faire, en revanche nous savions exactement où nous allions le faire, c’est-à-dire dans le monde entier. Et surtout, nous souhaitions conserver notre ancrage territorial en Provence. Et c’est ce que nous avons fait. »

Prise de risque maîtrisée

Pour remplir son carnet de commandes, l’entreprise commence par proposer ses services à d’autres laboratoires comme L’Oréal, Johnson & Johnson ou encore Aventis. Elle se tourne en parallèle vers des investisseurs pour obtenir des financements tout en veillant à préserver scrupuleusement l’indépendance de son actionnariat. « Nous avons par exemple réalisé un financement à travers des obligations convertibles en allant complètement à contre-courant des pratiques de l’époque. En prenant tous les risques, nous avons ainsi réussi à conserver la majorité de notre capital. Dans un monde qui bouge, on ne peut pas rester statique ! » Ce modèle qui consiste à financer de la R&D avec des capitaux extérieurs tout en autorisant les fondateurs à demeurer majoritaires ne rebute absolument pas les investisseurs.

En 2018, le fonds de la famille Bettencourt et ArchiMed – premiers fonds européens indépendants dédiés à ce secteur – sont ainsi entrés au capital. Et Michel Féraud et Christophe Baralotto conservent toujours 67% des parts. Ces investisseurs sont d’autant plus confortés qu’ils savent travailler avec deux serial entrepreneurs. À leur actif par exemple, la création puis la cession de la société informatique MailinBlack spécialisée dans l’antispam.

Phrovepharm Life Solutions

Réinventer le bleu de méthylène

2007 marque un tournant décisif pour Provepharm Life Solutions avec la réinvention d’un remède séculier, le bleu de méthylène. La molécule découverte en 1876 possède de nombreuses qualités antiseptiques ou encore antioxydantes scientifiquement reconnues. Mais parce qu’elle contient également certains métaux lourds, potentiellement toxiques, son usage thérapeutique a été progressivement interdit. En brevetant un procédé permettant de se débarrasser de ces substances, l’entreprise a tout simplement créé le bleu de méthylène Proveblue®, et développé avec celui-ci un nouvel antidote contre une intoxication grave du sang – mais aussi un dispositif médical utilisé comme marqueur dans les visualisations chirurgicales. Pays après pays, les agences nationales du médicament vont donner leur autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cette molécule régénérée.

« Tout a commencé par la France en 2010 pour arriver aujourd’hui à une présence dans près de 35 pays à travers le monde. Parmi les AMM les plus récentes, celles obtenues au Japon, en Corée ou encore aux États-Unis auprès de la FDA. « Nous avons décroché en 2016 une exclusivité de 7 ans pour la commercialisation de Provayblue™ en obtenant une désignation de médicament orphelin. » Condition de ce deal ? Garantir une disponibilité permanente des produits pendant toute cette durée pour l’ensemble du territoire américain. « Pour répondre à cette exigence, nous disposons désormais d’un stock stratégique de 200 000 unités aux États-Unis, soit le même que celui dimensionné pour l’Europe. Il représente 6 mois de traitements. » Plus qu’une contrainte, Michel envisage cette obligation comme normale. « Nous sommes 100% tournés vers les patients.

Et il est impensable qu’une personne doive se passer de sa thérapie parce qu’un laboratoire n’aura pas été en mesure de gérer sa chaîne d’approvisionnement ou bien pire, qu’il aura procédé à un arbitrage financier. Toutes nos équipes de recherche sont mobilisées autour d’un objectif commun, une innovation doit contribuer à sauver des vies. Nos équipes industrielles s’assurent de la disponibilité permanente des produits pour tenir cet engagement. Même si ces volumes de stocks représentent une forte immobilisation de capital, ils sont indispensables. » Pour répondre aux nouvelles perspectives du marché américain, l’entreprise vient de créer une filiale à Philadelphie. « La logique aurait dû nous pousser vers Boston, le nouvel eldorado de la pharmacie mondiale. Mais nous avons souhaité économiser nos ressources en nous tournant vers une ville où la pression foncière est moins forte pour l’entreprise, tout comme pour nos salariés. Car des loyers plus élevés nécessitent des salaires qui le sont tout autant. Cette approche représente un moyen de concentrer nos investissements sur la valeur humaine et donc sur la recherche. »

Une philosophie sociétale de l’innovation

Si les équipes R&D de Provepharm Life Solutions sont si performantes, c’est probablement parce que les actionnaires et le management leur laissent du temps. « Nos nouveaux projets ne sont pas pilotés par des tableaux Excel où, à la fin, plus personne ne sait vraiment à quoi ils correspondent. Le risque est alors de mettre un terme à une bonne idée qui allait pourtant aboutir. Le succès du Viagra tient à un effet indésirable d’un médicament originellement conçu pour traiter des maladies cardiovasculaires.

Cette erreur scientifique réinventée a rapporté des milliards d’euros de CA à Pfizer. Au sein de Provepharm Life Solutions, nous nourrissons une réelle envie d’entreprendre auprès de tous nos collaborateurs. Dans un monde en quête de sens, nous souhaitons donner du sens à l’intelligence et surtout éviter les comportements moutonniers. L’élan de générosité mondial suite à l’incendie de Notre-Dame de Paris montre à quel point, dès qu’une cause est juste, des millions de personnes peuvent se mobiliser rapidement. Je suis convaincu que les entreprises doivent porter un message. Le nôtre est qu’il existe une troisième voie entre les biotechs et les spécialistes du générique… celle qui consiste à réinventer des molécules aux vertus thérapeutiques ancestrales en les rendant compatibles avec les cahiers des charges très stricts des agences santé.

C’est une façon d’économiser énormément de ressources – tant financières que naturelles – mais surtout d’améliorer plus rapidement la qualité de vie de millions de personnes avec de nouveaux traitements efficaces. Grâce à cette approche très pragmatique, notre temps d’innovation est fortement accéléré. Nous évitons un travail de recherche fondamentale majeur. La littérature scientifique centrée sur ces molécules est tellement fournie, alors pourquoi se priver de la somme de ces connaissances tombées dans le domaine public ? »

Michel Féraud Président de Provepharm Life Solutions

Innover, c’est imaginer de nouvelles choses mais également en renouveler d’autres déjà existantes.

42,5 M€ pour accélérer la croissance

La création d’une nouvelle unité de production de 3 000 m2 – 9 M€ d’investissement – ou encore l’implantation de la nouvelle filiale aux États-Unis sont autant de signes qui soulignent l’accélération du développement de Provepharm Life Solutions. Son CA a d’ailleurs progressé de +27% en un an pour atteindre 38 M€. Pour accompagner ses nouveaux projets, l’entreprise vient d’obtenir un crédit syndiqué de 42,5 M€.

Et pour mener le pool bancaire, elle a choisi Société Générale. « Nous entretenons d’excellentes relations et surtout, nous partageons les mêmes valeurs. Tout comme avec mes équipes, ce qui fait la force de notre relation, c’est l’envie de travailler ensemble. Si les indicateurs sont au vert aujourd’hui, je me souviens que Société Générale a été présente dans les périodes difficiles. Ils m’ont fait confiance quand j’ai choisi de conserver mes équipes alors que le CA n’était pas encore aligné avec nos investissements. Alors, cette année, quand il a fallu choisir une banque pour mener le pool bancaire afin d’obtenir de nouveaux fonds, nous nous sommes naturellement tournés vers Société Générale pour le piloter. »

Des recherches contre la malaria à forte responsabilité sociétale

Parmi les recherches en cours, Provepharm Life Solutions travaille sur un traitement contre la malaria déjà soutenu par l’armée américaine. L’enjeu est de taille. Selon l’OMS, cette maladie a tué 429 000 personnes en 2015 avec près de 212 millions de cas enregistrés dans le monde. Modèle de l’entreprise pour ses recherches liées à ces nouveaux traitements à enjeu planétaire ? La stratégie du No Gain, No Lost.

« Nous ne sommes pas conduits par les gains, mais nous ne souhaitons pas non plus perdre d’argent. » Pour accélérer sa R&D, l’entreprise mise donc sur la fertilisation des talents de collaborateurs originaires de plus de 10 nationalités en veillant à une parité devenue naturelle avec une majorité de femme dans les effectifs. Elle s’impose y compris au niveau stratégique avec 3 femmes membres du conseil d’administration.

Oser la 3e voie !

Pour conclure cet entretien, Michel Féraud tient à partager un de ses facteurs clés de succès. « Quelle que soit la profession d’une personne, son secteur d’activité, je pense qu’il est primordial d’oser le bon sens. Cette troisième voie regorge d’opportunités tant pour les entreprises que pour les personnes. Et surtout, elle crée de la valeur sociétale partageable par tous. » Dans ce domaine, Michel et Christophe savent de quoi ils parlent.

Provepharm Life Solutions s’est en effet associé à Centrale Marseille pour développer l’opération « Dégun sans stage », dégun signifiant « personne » en marseillais. Objectif, développer un réseau d’entreprises et d’administrations pour donner accès à des stages à des élèves issus de zones d’éducation prioritaire de la cité phocéenne. En 2018, l’objectif a été multiplié par 5 avec des stages trouvés pour 500 collégiens issus de 9 établissements, cette année ce sera 800 ! Parmi les partenaires, de grandes entreprises comme Vinci, des PME mais également des académiques comme l’Institut de mathématiques de Marseille.

Michel Féraud TEDx

En savoir plus

Découvrez ici la conférence TEDx de Michel Féraud consacrée à « La Troisième Voie » où quand les recettes de grands-mères deviennent des médicaments.

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