« L’innovation n’est pas seulement l’affaire du PDG »

Lorsqu’en 1980, Joseph Puzo est embauché par Volvo pour diriger une entreprise d’une centaine de salariés qui fabrique du câble standard de petite dimension, cet ingénieur ne sait pas qu’il va en faire une des entreprises leaders de l’interconnexion d’aujourd’hui.

Bâtir une entreprise pérenne

Joseph Puzo a racheté les parts de l’entreprise en 1985, avec en tête l’objectif d’en faire une entreprise pérenne : « Cela veut dire bâtir une stratégie à long terme, avoir un comportement éthique, faire de la qualité, et bien sûr innover ! » Un objectif qu’il reconnaît plus facile à mettre en œuvre dans une entreprise familiale où le besoin de préparer sa succession est prégnant. En l’occurrence, c’est sa fille aînée Christelle, qui a rejoint l’entreprise. Mais en 1985, le besoin d’innover se fait sentir assez rapidement. « Les années 70, c’était le boom du câble avec la généralisation du téléphone dans les foyers et la distribution des centrales nucléaires toutes neuves. Mais dès la fin de ces programmes au milieu des années 80, il a fallu trouver de nouvelles idées sous peine de mettre la clé sous la porte. J’ai alors pensé à utiliser le gore-tex, pour réaliser des câbles de résistance à haute température. Comme il était protégé par des brevets, j’ai cherché une université qui travaillait sur ce type de procédé, c’était le cas à Montpellier, et embauché quelques étudiants. Quelques mois plus tard, nous avons déposé un brevet, le celloflon. ça a été le démarrage de mon service R&D ! Depuis, j’ai continué à procéder ainsi : à chaque demande de clients, je cherche une université qui travaille sur le sujet et j’embauche des étudiants que je forme. »

12 millions d’euros pour la R&D

Une bonne technique qui lui permet de monter en gamme et de décrocher en 1990 le marché du câblage de la fusée Ariane 5. Puis ce sont les satellites, les hélicoptères, et plus récemment Airbus, qui ont fait appel à eux. « Nos innovations permettent un gain de poids et plus de fiabilité. Et quand la crise de 2009 a démarré, malgré la baisse des commandes, j’ai tenu à ce qu’on ne ralentisse pas les dépenses de R&D. » Ces dépenses se montent aujourd’hui à 10 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, soit quelque 12 millions d’euros. « Nous consacrons également 10 % de la masse salariale en formation continue pour que le personnel suive ! » Et pour impliquer ses salariés dans la démarche d’innovation, Joseph Puzo va plus loin : « L’innovation n’est pas seulement l’affaire du PDG. Pour que tout le monde soit concerné, nous organisons depuis trente ans des séminaires pour réfléchir sur ce que veulent les clients, ce qu’il faut développer, etc. Ces séminaires sont ensuite exposés dans les filiales en France et à l’étranger ». L’année prochaine, l’entreprise fêtera ses 50 ans.