« Un impératif de compétitivité »

Au Centre Family Business de l’EDHEC, créé il y a deux ans avec le soutien de sociétés familiales (Michelin, Mulliez, Roquette, Bic, Sisley, Promod…), l’entreprise familiale est au cœur des préoccupations : recherche appliquée pragmatique pour les entreprises, partage d’expériences lors de conférences, formation orientée vers la reprise d’entreprises familiales… Pour Sylvain Daudel, directeur du centre, ces entreprises familiales ont un impératif de compétitivité qui les pousse à innover. Explications.

Quelles sont, selon vous, les caractéristiques propres des entreprises familiales ?

Sylvain Daudel : Les entreprises familiales ont un comportement différent des autres entreprises. Elles ont à faire face à une dualité : d’une part, elles ont dans leur ADN une forme forte d’entrepreneuriat, mais elles font aussi preuve de beaucoup de prudence. D’abord parce qu’elles ont une vision à long terme de pérennité, de transmission de valeurs qui doivent continuer après eux, une volonté de poursuivre sur la durée, qui fait qu’elles ont un rapport au temps différent. Cela leur donne une certaine persistance, une opiniâtreté. Elles font aussi une allocation prudente de leurs ressources, avec une certaine aversion du risque. La prise de décisions y est, en outre, souvent rapide du fait de l’hyper légitimité du pouvoir. Enfin, il y a une conservation très forte de la connaissance et de l’expertise dans l’entreprise familiale. Le personnel, voire la clientèle, restent fidèle, permettant d’accumuler de l’expérience.

En quoi ces caractéristiques forment-elles un terreau favorable à l’innovation ?

S.D. : Tout cela donne une certaine culture qui pousse à vouloir s’améliorer sans prendre trop de risques pour ne pas abîmer l’outil industriel. Elles sont plus à même de réaliser les investissements nécessaires pour la compétitivité de l’entreprise sur le long terme en pensant à la transmission à la génération suivante. Les dépenses en R&D dans les entreprises familiales sont souvent supérieures à la moyenne. Elles ont certes un endettement limité, mais elles dépensent sur la durée. Elles ne sont pas soumises au marché, elles n’ont pas de comptes à rendre tous les trimestres à des actionnaires, donc pas d’œillères à court terme les obligeant à rechercher à tout prix des profits. Et l’ancrage régional ou métier n’est alors pas suffisant pour endiguer l’innovation.

Les innovations elles-mêmes sont-elles différentes de celles des entreprises classiques ?

S.D. : On remarque que les entreprises familiales innovent plutôt sur leurs processus que dans le développement de nouveaux produits. Elles déposent des brevets pour améliorer leurs outils industriels, progresser dans leurs méthodes de fabrication, et finalement gagner sur leurs marges. Là encore, elles répondent à leur impératif de compétitivité et utilisent pour cela leur expérience, elles capitalisent sur leur historique et leurs compétences. En somme, elles ne cherchent pas à faire du glamour ou à avoir une idée brillante, le court terme n’est pas important, elles font de l’« innovation persévérante » !