Le Drenche aide les lecteurs à se forger leur propre opinion

Le Drenche se présente comme « le seul journal ouvertement de droite, du centre et de gauche ». Le concept : confronter des points de vue argumentés sur des sujets d’actualité, rédigés par des contributeurs « légitimes, compétents et engagés ».

Défendre le Pour et le Contre

L’idée de Le Drenche est partie d’un besoin personnel : se faire sa propre opinion sur un certain nombre de sujets, à partir d’articles dans lesquels des auteurs expriment un avis clair, et développent des arguments. Florent Guignard et Antoine Dujardin, ses deux fondateurs, aiment raconter l’anecdote d’un sondage qu’ils avaient lu sur le gaz de schiste : 85 % des Français étaient contre, 9 % pour, et seulement 14 % se sentaient capables d’expliquer ce que c’était. « Il existe de nombreux débats d’actualité, comme celui-ci, sur lesquels on se forge une opinion basée sur des à priori et des on-dit, explique Florent. On prend rarement le temps de se poser calmement pour comparer les arguments et s’interroger sur ce que l’on pense vraiment. Or, ce travail, nous pensons qu’il est important en démocratie. » Rêvant d’un journal de débats qui présente le Pour et le Contre de manière équilibrée, mais ne le trouvant pas dans le paysage médiatique français, ils décident de le créer !

De nouveaux arrivants dans la presse

Difficile de lancer un média quand on n’y connait pas grand chose à la presse. Lorsque Florent et Antoine partagent leur idée d’un journal de débat qui défend le Pour et le Contre, les professionnels de la presse leur répondent qu’ils sont fous, que cela ne marchera jamais. Mais les deux jeunes hommes croient en leur projet et lancent, en 2015, une campagne de crowdfunding qui leur permettra de financer leur site Internet et de démontrer l’intérêt des lecteurs pour la formule. Il faudra attendre 2016 pour voir apparaître la version papier de Le Drenche, distribuée à 60 000 exemplaires dès le premier numéro.

Faire de chaque individu un citoyen engagé

« Notre raison d’être, c’est de donner à nos lecteurs les clés de lecture des débats de société, et les outils pour y participer, afin de faire de chaque individu un citoyen engagé. » Favoriser la participation citoyenne grâce à un processus en 3 étapes - s’informer, se positionner, s’engager -, c’est le premier impact social du Drenche, qui s’inscrit aussi bien dans la Civic Tech que dans l’économie sociale et solidaire (ESS). Le journal permet aussi aux lecteurs (1 500 par jour, en moyenne) de sortir de leur « bulle de filtres », concept théorisé aux États-Unis, qui désigne le fait de présenter aux internautes des contenus sélectionnés selon leurs personnalité et orientations politiques supposées, et l’entre-soi qui en résulterait. « Plus ces bulles sont étanches, plus la confrontation avec des points de vue contradictoires est difficile, affirme Florent. En mettant le Pour et le Contre face à face, on développe une curiosité, une compréhension et une tolérance vis-à-vis des opinions divergentes. »

Ces valeurs se traduisent également par une gouvernance démocratique, c’est-à-dire un mode de fonctionnement transparent et participatif (les lecteurs contribuent à la vie du journal ; ils proposent et votent pour les sujets qui les intéressent, donnent leur avis sur les choix stratégiques…) et la volonté de respecter la parité et la diversité politique parmi les intervenants.

Du modèle économique à la mise en relation, le rôle des structures d’accompagnement

De l’idée, autour d’une bière entre deux amis, à sa réalisation, l’histoire du Drenche est jalonnée de jolis coups de pouce. Le tout premier accompagnement dont ils bénéficient, à l'Université Paris-Dauphine, est déterminant, puisqu’il leur permet de trouver leur modèle économique, qui repose principalement sur la publicité dans la version papier et, dans une moindre mesure, les abonnements. Quant à leur passage chez MakeSense : « MakeSense vous accompagne sur tout ce dont vous pouvez avoir besoin, que ce soit sur les valeurs, la communication, le développement Web, la gestion d’équipe, explique Florent. C’était à la fois parfaitement adapté à ce que nous sommes, mais aussi extrêmement complet. Pour moi c’est ce qui se fait de mieux à Paris pour les startups de l’économie sociale et solidaire. »

L’équipe de Le Drenche est désormais hébergée sur #LePlateau. « Notre projet commence à être assez mature, mais nous avons toujours du mal à entrer en contact avec les bonnes personnes. Or, c’est essentiel pour avancer plus rapidement. C’est exactement ce que propose Le Plateau, qui sert de connecteur avec les différentes entités du groupe Société Générale. Ils identifient les personnes qui peuvent être intéressantes pour faire avancer la startup et la met en relations avec elles. »

Pour Flore Jachimowicz, Responsable du Plateau et des partenariats, accueillir le Drenche était une évidence « pour un lieu comme #LePlateau, où se croisent des gens très différents, comme des collaborateurs Société Générale ou des startupers débutants, un lieu qui promeut la discussion, le partage, la promotion des diversités. » Et d’ajouter : « Nous avons déjà commencé à trouver les bons leviers de collaborations et d’entraide : Le Drenche a par exemple animé des débats participatifs sur #LePlateau, notamment un sur les valeurs véhiculées par le sport et l’innovation. »

Nous avons déjà commencé à trouver les bons leviers de collaborations et d’entraide : Le Drenche a par exemple animé des débats participatifs sur #LePlateau, notamment un sur les valeurs... Flore Jachimowicz, Responsable du Plateau et des partenariats

Aujourd’hui, Florent et Antoine abordent sereinement les prochaines étapes de leur développement : étendre la distribution de la version papier dans toute la France (elle est aujourd’hui distribuée en région parisienne) et mener un partenariat avec des universités (Sciences Po, l’université de Cergy-Pontoise et l’UTC) dans le cadre d’un programme de recherche en sociologie de l’opinion. « Sur le site internet nous demandons aux internautes d’indiquer s’ils sont pour/contre/sans avis sur le sujet traité avant et après la lecture d’un article, explique Florent. Cela nous permet d’analyser comment se forme et évolue l’opinion, et nous souhaitons contribuer à faire avancer la recherche scientifique dans ce domaine. » De quoi nourrir le débat… sur l’opinion elle-même !