Premiers pas de l’administration Trump aux Etats-Unis, élections à venir en France et en Allemagne : 2017 s’annonce comme celle de toutes les incertitudes. Quelles peuvent en être les conséquences pour les économies développées et émergentes ? Olivier Garnier, Chef économiste de Société Générale, répond à nos questions.

L’année qui débute est marquée par beaucoup d’incertitudes. L’une d’elles concerne les Etats-Unis et l’impact de la politique économique que souhaite conduire Donald Trump. Avez-vous plus de visibilité sur ce sujet ?

Les mesures économiques qui seront effectivement mises en œuvre par la nouvelle administration sont en effet encore incertaines. On peut néanmoins s’attendre à des initiatives dans plusieurs directions : une politique budgétaire plus expansionniste sous la forme de baisses d’impôts, une réforme en profondeur de l’impôt sur les sociétés, des mesures de déréglementation, par exemple dans le secteur financier, ou encore des mesures visant à restreindre les importations et l’immigration.
Au total, cette politique devrait stimuler la demande mais son impact sur l’offre serait plus ambigu, certaines de ses composantes ayant un effet positif (déréglementation, encouragement à l’investissement) d’autres un effet négatif (restrictions aux importations et à l’immigration). Elle pourrait donc stimuler la croissance américaine d’ici à 2018, mais avec un contrecoup ultérieur du fait que l’économie américaine est déjà proche du plein emploi avec un taux de chômage déjà tombé aujourd’hui à moins de 5%.
Cette politique budgétaire plus expansionniste devrait conduire la FED à remonter son taux directeur un peu plus vite, mais de façon graduelle et en le maintenant en 2017-2018 à des niveaux négatifs ou proches de zéro en termes réels.

Concernant les économies émergentes, vont-elles retrouver du tonus ?

Les économies émergentes bénéficient actuellement de la remontée des prix des matières premières et de la stabilisation de la demande chinoise, alors que l’activité dans les économies développées s’est elle aussi un peu raffermie. Ce contexte devrait favoriser un mouvement de reprise cyclique, soutenu par un retour des flux de capitaux. Cette reprise resterait cependant modérée, en particulier au Brésil et en Russie après les profondes récessions qui ont entamé leur potentiel de croissance.
Les risques sur ce scénario restent nombreux avec les possibilités d’un ralentissement plus brutal que prévu en Chine, d’une montée des tensions géopolitiques (Moyen-Orient, Ukraine, Mer de Chine…), ou encore et d’un durcissement plus rapide que prévu des conditions monétaires aux Etats-Unis qui affecterait directement les économies émergentes endettées en dollars. L’adoption de mesures protectionnistes aux Etats-Unis serait aussi de nature à compromettre le redémarrage du commerce mondial. Par ailleurs, outre les négociations sur le Brexit, l’Europe est aussi une source d’incertitudes, compte tenu des nombreuses élections à venir dans des pays clés où des mouvements populistes ou eurosceptiques voient leur importance s’accroître.

Cette incertitude pèse notamment sur les emprunts français, dont le spread avec l’Allemagne s’est fortement élargi récemment…

Il est bien connu que les marchés n’aiment pas l’incertitude, cela explique leur réaction, notamment sur la dette publique française au cours des dernières semaines. Ils peuvent aussi amplifier des phénomènes ou sur-réagir. En tout état de cause, il est difficile aujourd’hui d’interpréter les sondages et encore moins de prévoir comment ils pourront évoluer d’ici les élections françaises. Il faut donc être prêt à faire face, le cas échéant, à de nouveaux pics de tensions au cours de la période à venir.
Ceci étant dit, il convient de souligner que ces tensions sont restées concentrées sur le marché de la dette publique, sans affecter le financement des entreprises. D’une part, le marché de la dette privée reste bien orienté en zone euro, en particulier pour les émetteurs français. D’autre part, depuis les élections américaines de novembre, la bourse française a regagné près de 10%, soit une performance voisine celle de l’indice représentatif de l’ensemble de la zone euro.