La transition vers le nouveau modèle de croissance chinois pose de sérieux défis

Analyse de Sopanha Sa, Chef économiste Asie pour Société Générale

Au cours de ces deux dernières années, la Chine semble avoir commencé à réorienter son modèle traditionnel axé sur l'industrie manufacturière et l’investissement en faveur d’une économie davantage tournée vers les services et la consommation.

Si l'investissement et la production industrielle continuent de ralentir, les services restent un moteur important de la croissance. Parallèlement, la consommation des ménages bénéficie du soutien d’un marché de l'emploi bien orienté et de la faiblesse de l'inflation. En conséquence, le rééquilibrage de l'économie pourrait se produire mais au prix d'une croissance économique plus faible.

Les autorités tentent de faire évoluer ce modèle traditionnel de croissance mais elles s'inquiètent de la rapidité du ralentissement économique. Au premier semestre 2015, différentes mesures de relance ont été déployées : assouplissement des conditions monétaires, hausse des dépenses publiques (investissements publics dans les infrastructures et dépenses de santé) et allègements fiscaux pour les entreprises. Le risque d'un atterrissage brutal semble limité. L'économie ralentirait progressivement entre 7 et 6 % au cours des deux prochaines années. Toutefois, si l'activité venait à se détériorer davantage, les autorités feraient alors face à de sérieux défis pour calibrer leur politique économique. L’utilisation de la dépréciation du renminbi (RMB) comme soutien aux exportations a aujourd’hui ses limites. Elle pourrait déclencher une « guerre des monnaies », les économies de la région ont en effet déprécié leurs monnaies plus rapidement et plus fortement que le RMB afin de préserver leur compétitivité. Les autorités chinoises pourraient alors choisir de recourir à des outils plus traditionnels (croissance rapide du crédit bancaire et hausse des investissements en infrastructures) qui aggraveraient toutefois les déséquilibres déjà importants tels que le niveau élevé et croissant de l'endettement de l’économie (240 % du PIB contre 150 % en 2009) et les surcapacités dans certains secteurs (charbon, acier, etc.). La transition vers le nouveau modèle de croissance pourrait donc être retardée.

Les mesures extraordinaires et soudaines déployées l'été dernier par les autorités pour stabiliser les marchés financiers ont accru les incertitudes quant au rythme des réformes. La correction du marché boursier pourrait dissuader les autorités d'ouvrir davantage le compte de capital et d'approfondir les marchés financiers locaux. Les pressions à la dépréciation du RMB pourraient inciter les autorités à la prudence dans le processus d'internationalisation de sa devise. Toutes ces problématiques conduisent à s'interroger sur la réelle volonté des autorités de libéraliser l'économie de manière à faciliter le développement d'une économie de marché.

05/11/2015