L’évolution du financement des entreprises

Analyse de Clémentine Gallès, Responsable des études macrofinancières
 

En zone euro, les entreprises* financent leur dette pour deux-tiers par du crédit bancaire et pour un-tiers par émissions d’obligations sur les marchés. Ces ratios sont inversés par rapport à ceux des États-Unis.

Le modèle de financement de la zone euro est ainsi qualifié d’« intermédié », dans la mesure où les banques jouent un rôle prépondérant d’intermédiaires financiers et conservent à leurs bilans le risque de crédit. Cependant les nouvelles contraintes nées de la crise et le durcissement des règles prudentielles pour les banques tendent à limiter le recours aux prêts bancaires, impliquant un mouvement de « désintermédiation » du financement des entreprises. Ainsi, depuis 2009, sur l’ensemble de la zone euro l’endettement en direct sur les marchés a progressé de près de 500 milliards d’euros tandis que l’encours des prêts bancaires aux entreprises a baissé de près de 300 milliards.

Ces évolutions recouvrent toutefois de fortes disparités entre pays et la France se distingue très nettement de ses voisins. En premier lieu, le crédit bancaire a progressé en France depuis 2009 alors qu’il apparait soit stable soit en baisse dans les autres principales économies de la zone euro. A noter que ce sont les entreprises de petite et moyenne taille qui ont bénéficié de cette bonne tenue du crédit. En second lieu, la France se distingue aussi par un développement plus marqué des financements de marchés. Les grandes entreprises (notamment du CAC 40), qui représentent un poids important en France, ont ainsi opéré un mouvement de substitution du financement de leurs dettes, de la banque vers les marchés. Elles ont aussi eu recours à des placements dits « privés », une alternative de financements en direct vers des investisseurs ciblés, sans passer par les marchés.

Cette bonne tenue du financement externe des entreprises françaises a compensé la dégradation de leur capacité d’autofinancement. Ceci a contribué à la résistance de leur taux d’investissement, à la différence de certains pays voisins, où ce taux a chuté. En contrepartie, le taux d’endettement des entreprises a continué de s’accroitre, tout en restant inférieur à la moyenne de la zone euro.

* Par « entreprises », nous faisons référence dans ce texte aux sociétés non-financières

Analyse du 05/08/2015 actualisée au 4/05/2016