Prix du pétrole : bonheur des uns, malheur des autres

Analyse de Benoît Heitz, Responsable des prévisions économiques mondiales
12 février 2015

La chute du prix du pétrole, combinée aux politiques monétaires accommodantes, viendrait soutenir l’activité des pays développés, qui peine encore à redécoller, mais elle est problématique pour certains pays producteurs.

Après un 1er semestre 2014 décevant, les chiffres de la croissance n’ont pas été véritablement meilleurs dans les pays développés au 3e trimestre : la croissance en zone euro a encore été très affaiblie, et le Japon est retombé dans une profonde récession. En revanche, la croissance américaine a encore été robuste et le Royaume-Uni semble échapper totalement à la morosité, mais au prix de déséquilibres croissants.

Les grandes économies émergentes traversent actuellement une phase de ralentissement, mais avec des disparités, notamment sur le caractère subi (cas du Brésil ou de la Russie) ou plus ou moins choisi (par exemple en Chine) de ce mouvement.

Dans le sillage de cette faiblesse de l’activité, le prix du pétrole a, enfin, nettement baissé, après être resté obstinément installé autour de 110$ le baril de Brent depuis trois ans. À moins de 50$ actuellement, cela représente une chute de plus de moitié.

Cette baisse est particulièrement bienvenue pour les pays importateurs : elle constitue pour eux un stimulant immédiat pour l’activité et ne renforce donc pas les risques déflationnistes, bien au contraire, même si elle pousse un peu plus à la baisse (voire en dessous de zéro) les taux d’inflation des pays développés. En revanche, elle peut représenter un problème plus ou moins important pour les pays producteurs. Au total, l’impact net sur la croissance mondiale est positif.

Dans ce contexte de croissance amoindrie et de faible inflation, les grandes banques centrales restent en soutien de l’activité. Notamment, un nouveau mouvement d’assouplissement a été annoncé par la BCE, avec des achats de dettes publiques. Par conséquent, les taux d’intérêt nominaux resteraient très bas. Néanmoins, du fait de la faiblesse de l’inflation, les taux d’intérêt réels ne sont pas si faibles que ça…

Au total, la baisse du prix du pétrole et les politiques monétaires globalement toujours ultra accommodantes, combinées à un moindre ajustement des finances publiques dans les pays développés, permettraient à la croissance mondiale de se redresser. Néanmoins, ce redressement resterait très progressif, tellement qu’il est encore difficile de le qualifier de véritable reprise.