Le réchauffement climatique refroidit l’économie

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Le changement climatique a longtemps été considéré comme un changement structurel lent, dont l'impact devrait se faire sentir bien au-delà de l'horizon de la plupart des prévisions économiques. Cependant, la situation évolue rapidement et les décisions prises lors de la prochaine COP25 seront importantes à court terme.

Michala Marcussen, Chef Economiste du Groupe et Directrice des Etudes économiques et sectorielles

14/11/2019

Au cours de l'année 2019, le changement climatique a de plus en plus fait la une de l'actualité économique. Les images les plus spectaculaires proviennent d’évènements météorologiques extrêmes, et bien qu’ils ne soient pas tous dus au changement climatique, la plupart des experts s'accordent à dire que cette incidence accrue en est la conséquence. Les dommages directs causés par les phénomènes météorologiques extrêmes ont considérablement augmenté au cours des dernières décennies, atteignant en moyenne un peu plus de 250 milliards de dollars sur les cinq dernières années (jusqu'en 2018), contre 50 milliards de dollars au début des années 1980, en prix constants.

Pour les macroéconomistes, les dommages causés par ces conditions climatiques extrêmes ont toujours été considérés comme transitoires, avec d'abord un coût économique, puis un gain à mesure que les dommages étaient réparés et que la production perdue était récupérée. Certaines pertes en revanche sont inévitablement permanentes, notamment les pertes tragiques en vies humaines ou les migrations forcées. Les climatologues prédisent que la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes ne fera qu'empirer, provoquant des conséquences négatives plus perturbatrices et plus durables. Les banquiers centraux sont, à juste titre, préoccupés par les implications que cela peut avoir sur la stabilité financière.

L'année 2019 a également vu les incendies de forêt au Brésil occuper le devant de la scène dans le domaine des politiques commerciales, plusieurs dirigeants européens déclarant que l'insuffisance des mesures prises par les autorités brésiliennes pour mettre un terme aux incendies menacerait l'accord commercial entre l'UE et le Mercosur. En effet, le changement climatique fait rapidement son chemin dans la liste des priorités politiques, notamment parce que les électeurs commencent à donner la priorité à cette question, tant dans les urnes qu'en termes de préférences de consommation.

Michala Marcussen Chef Economiste du Groupe et Directrice des Etudes économiques et sectorielles

Regardant l'horizon 2020-2021, l'économie mondiale est en perte de vitesse et s'il est clair que le changement climatique peut apporter une contribution positive à la croissance économique, cela exige un effort plus déterminé que ce qui est actuellement observé sur le front politique.

Plus tôt cette année, les changements apportés aux normes d'émissions ont notamment ébranlé le secteur de l'automobile en Allemagne alors que les producteurs s'adaptaient aux nouvelles normes et, dans certains cas, cherchaient à se refaire une réputation ternie par les scandales des émissions. Bien qu'il soit difficile à quantifier, tout porte à croire que les consommateurs retardent l'achat de nouvelles voitures en prévision de technologies plus efficaces ou abandonnent l'idée de posséder une voiture, favorisant ainsi le partage de véhicules et d'autres solutions alternatives de transport. Au fur et à mesure que les constructeurs automobiles s'adapteront à cette nouvelle réalité, l'impact se fera sentir dans l'ensemble des chaînes d'approvisionnement mondiales.

L'automobile n'est d'ailleurs pas le seul secteur à connaître de tels changements ; un retour en force pour les voyages en train, une nouvelle mode pour les vêtements vintage et une teneur plus élevée en légumes dans les régimes alimentaires viennent à l'esprit. Ces changements n'ont encore qu'un impact modeste au niveau macroéconomique, mais à mesure que les tendances s'étendront à des groupes démographiques et géographiques différents, les conséquences seront beaucoup plus importantes. Les entreprises s'y adaptent, encouragées par les consommateurs et les investisseurs. Les nouvelles technologies peuvent contribuer à la reconversion de la main-d'œuvre vers de nouveaux rôles et à assurer une flexibilité suffisante pour l'émergence de nouveaux emplois, mais il faudra un soutien déterminé de la part des politiques publiques.

Une autre possibilité pour les politiques publiques est d'influencer la fixation des prix et la réglementation afin de pousser davantage les consommateurs et les entreprises dans la bonne direction. Aborder les impacts du changement climatique sur la répartition des revenus doit également être une priorité essentielle. Ici, les programmes d'investissement public, que ce soit pour l'infrastructure ou l'éducation, pourraient faire une différence notable, avec un potentiel de croissance à la fois à court et à long terme.

Regardant l'horizon 2020-2021, l'économie mondiale est en perte de vitesse et s'il est clair que le changement climatique peut apporter une contribution positive à la croissance économique, cela exige un effort plus déterminé que ce qui est actuellement observé sur le front politique. En l'état actuel des choses, il semble que le réchauffement climatique entraînera probablement un coup de froid sur l’économie en 2020, mais l'espoir demeure que la COP25 offre une surprise positive.