Favoriser l’intégration des jeunes doit être une priorité

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Essayiste et économiste français, Nicolas Bouzou porte un regard confiant sur l’avenir. Il a foi en la jeunesse pour poursuivre les progrès considérables qui ont été accomplis ces dernières années. A condition toutefois que tout soit mis en œuvre pour favoriser son insertion.

Elève du lycée Suger lors de la JNDJ

Connaissiez-vous cette initiative de la journée nationale des jeunes ? Qu’en pensez-vous ?

Non, je ne la connaissais pas, mais c’est une très bonne idée au sens où cela renforce la position « volontariste » des jeunes. Le principal sujet politique, selon moi,  c’est celui de la jeunesse. Il ne s’agit pas de faire du « jeunisme », ni de dramatiser, mais de mettre en place des actions positives comme cette journée ! Beaucoup de gens portent un regard sceptique sur la question de l’intégration des jeunes dans l’univers professionnel, mais en revanche, ceux qui se mobilisent vraiment sont peu nombreux. Pourtant, c’est important de mener des actions pro-actives et de préparer le terrain pour la nouvelle génération.

Quel rôle, selon vous, les grandes entreprises peuvent-elles jouer pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes ?

Elles font déjà beaucoup en matière d’alternance et  d’apprentissage et c’est vraiment très positif. Il me semble d’ailleurs que, comparativement à d’autres secteurs, les banques sont particulièrement engagées en la matière. Il faut les encourager dans cette voie, d’autant que, comme cela a déjà été dit à maintes reprises, la guerre du XXIème siècle sera celle des talents. La capacité à attirer des jeunes est donc déterminante puisqu’elle constitue l’avantage compétitif des entreprises. Précisément, des initiatives comme la journée nationale des jeunes permettent aux entreprises qui y participent de se différencier et d’établir un contact avec ceux qui représentent la relève.

Comment peut-on aider ces jeunes à développer leurs talents ?

Il faut leur offrir une formation généraliste. Dans un contexte marqué par une accélération des innovations, l’enseignement doit donner un socle très solide de compétences (français, langues étrangères, maths, culture générale…). Le rôle de l’entreprise est ensuite de les former à un métier pour qu’ils s'intègrent rapidement. Ils auront l’occasion d’en changer, et ce d’autant plus qu’on est dans une société de l'infidélité. Les jeunes, par définition, sont ceux qui sont le plus imprégnés de cette culture du « zapping ». En même temps, ils apportent quelque chose de très positif : la notion de « sens » dans le travail et la politique. Ils ne veulent pas juste travailler pour travailler mais pour faire quelque chose de bien. Ils veulent s’engager et je n’y vois que des bons côtés.

Avez-vous le sentiment qu’il y a suffisamment de passerelles entre l’univers des jeunes et celui de l’entreprise ?

Non, mais pour autant, il ne faut pas « noircir » le tableau car la donne évolue favorablement. L’éducation nationale est beaucoup plus ouverte au monde de l’entreprise qu’autrefois. Ce qui m’inquiète, c’est plutôt, partout dans le monde, la progression de l’irrationalité et les fake news, lesquelles sont d’autant plus partagées qu’on est jeune. C’est un sujet problématique et majeur à mes yeux car, s’il n’y a pas plus de croyance dans la vérité, il n’y a plus de débats publics envisageables, et donc plus de démocratie.

« Sagesse et folie du monde qui vient. Comment s’y préparer ? Comment préparer nos enfants ? ». Tel est le titre de votre dernier livre. Quelles sont vos principales conclusions ?

On assiste à un phénomène de destruction créatrice, en vertu duquel des emplois disparaissent et d’autres se créent. Tous les secteurs sont concernés. L’emploi de demain mêlera la tête (connaissances généralistes), le coeur (les interactions sociales) et la main (le savoir-faire technique). Face à la pénurie de main d’oeuvre, tous les secteurs cherchent à embaucher. Cela va contraindre les entreprises à repenser leur façon de recruter. Il s’agit d’innover en matière de ressources humaines, notamment en favorisant des équipes plus hybrides, basées sur la diversité. Dans certaines banlieues les jeunes sont en difficulté, mais en réalité, ils savent faire beaucoup de choses et prendre des initiatives. Ils ont juste besoin d’être canalisés et les entreprises sont structurées pour cela.

Nicolas Bouzou Essayiste et économiste français

Les jeunes ne veulent pas juste travailler pour travailler mais pour faire quelque chose de bien. Ils veulent s’engager et je n’y vois que des bons côtés. J’ai envie de dire aux jeunes, « formez-vous, devenez ingénieur, car on a besoin de vous pour identifier des solutions, lesquelles reposeront en grande partie sur la technologie ».

Finalement, vous semblez très confiant ?

Oui. Certes, les jeunes sont souvent anxieux, sans doute en partie en raison des peurs que leurs parents projettent sur eux. Il faut pourtant raison garder. Le monde que nous léguons à nos enfants est plus prospère que jamais. La « grande pauvreté » n’a jamais été aussi faible, l’état de santé de nos compatriotes n’a jamais été aussi bon et l’accès à l’alimentation aussi large. Quant aux conflits, ils sont extrêmement circonscrits quand on compare à la situation de la génération de mes propres parents, pour lesquels l’après-guerre était un champ de ruines. Il ne s’agit pas de minimiser les tensions dans le monde. Bien que graves, elles sont très localisées. Les principaux problèmes sont à mes yeux celui du terrorisme islamiste radical et du dérèglement climatique. Sur ce dernier point, j’ai envie de dire aux jeunes, « plutôt que de capituler, formez-vous, devenez ingénieur, car on a besoin de vous pour identifier des solutions, lesquelles reposeront en grande partie sur la technologie ».

Cette question de l’insertion des jeunes se pose-t-elle dans d’autres pays avec la même acuité qu’en France?

Elle se pose de la même façon partout dans le monde. En revanche, les pays anglo-saxons ont, par exemple, su se structurer pour recruter des profils atypiques. Là bas, les entreprises n’hésitent pas à aller chercher des historiens et à envisager un recrutement plus hétérogène socialement parlant. En Suisse, 80% des jeunes sont en apprentissage, et terminent leurs études au sein des entreprises. C’est pareil en Autriche. Quant aux « décrocheurs », on les place dans des ateliers d’apprentissage financés par l’Etat, ce qui est très efficace pour favoriser l’intégration. Des modèles qui donnent foi en l’avenir car ils placent les jeunes au cœur des préoccupations !

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