Bilan de la COP21 vu par Emmanuel Martinez,

Directeur Environnement, Société Générale

Ce que vous retenez de COP21

14/12/2015

Incontestablement, c’est un succès à tout point de vue, car c’est le meilleur accord qu’on pouvait obtenir à Paris. L’Accord de Paris a valeur de Traité en droit international et est juridiquement contraignant. L’Accord donne comme ambition d’être bien en dessous des 2°C d’augmentation de la température moyenne du globe, voire si possible des 1,5°C. Il met en place un cadre qui permet aux pays de déposer leur contribution aux efforts de réduction à travers leurs plans nationaux avec un process de révision à la hausse des ambitions tous les 5 ans. Les Etats pourront s’appuyer sur des mécanismes de marché et de non-marchés, dont les prix carbones ou les systèmes d’échanges de quotas carbones pour leur politique nationale. 188 pays ont déposé leur contribution nationale et la consolidation de ces plans nationaux a montré que nous sommes plus près du 3°C que du 2°C, d’où l’importance de ce process de révision.

L’Accord dessine l’ambition souhaitée. Il fixe l’objectif d’atteindre des émissions nettes de gaz à effet de serre anthropiques nulles au niveau mondial dans la deuxième moitié du siècle.

Il réaffirme aussi l’engagement des pays développés sur un financement plancher de 100 milliards de dollars par an dès 2020 pour l’atténuation et l’adaptation. Il faut enfin souligner, lors de cette COP, la mobilisation de la société civile et des entreprises qui a été sans précédent. Par exemple, la Coalition pour la décarbonation des portefeuilles qui réunit 20 investisseurs, représentant 3,2 trillions de dollars s'est engagé à décarboner plus de 600 milliards de dollars d'actifs. De surcroit, le rôle et les engagements des acteurs non étatiques sont reconnus dans le cadre de l’Accord et de l’Agenda des solutions qui montera en puissance dans le temps.

COP21 et après…

Pour entrer en vigueur en 2020, l’Accord de Paris devra être ratifié par au moins 55 pays représentants 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. En 2016, à Marrakech, lors de la COP22 et dans les COP suivantes, les textes de mise en œuvre devront être adoptés, c’est donc loin d’être fini. Ensuite, les politiques nationales doivent mettre en œuvre les engagements internationaux. En Europe, nous avons le paquet climat qui donne les orientations sur l’énergie et les réductions d’émissions carbones. En France, c’est essentiellement la Loi sur la transition énergétique et la croissance verte qui est la retranscription des ambitions de la France en matière de lutte contre le changement climatique. Donc, tout cela va progressivement se mettre en place.

Que change l’accord de Paris sur le climat pour Société Générale ?

L’Accord de Paris donne la feuille de route de ce que sera la transition vers l’économie décarbonée, c’est à dire zéro émission nette d’origine anthropique dans la seconde moitié du siècle. Le texte de la Décision précise bien qu’il faudra réduire de 55 GTC02, projections en 2030 issues de la consolidation des contributions nationales, à 40 GtCO2 si l’on veut rester sur la trajectoire des 2°C. Cette vision long terme couplée avec la reconnaissance du rôle important des instruments incitatifs comme le prix carbone et les mécanismes de marché permettront de faciliter les prises de décision du secteur privé en matière de financement et d’investissement. Société Générale est confortée par l’Accord de Paris dans ses orientations stratégiques puisque le comité exécutif début novembre a adopté une politique climat qui a pour ambition d’inscrire le Groupe dans la trajectoire du 2°C. De surcroit, les nombreux engagements pour le climat pris par les entreprises lors de la COP renforcent notre stratégie climat qui intègre l’accompagnement de nos clients vers une économie décarbonée.

L’un des points importants de l’Accord de Paris est le processus de contrôle, reporting et vérification des actions mises en place et de leurs impacts sur le climat ; ce point se retrouve dans la plupart des engagements pris collectivement ou individuellement par les entreprises, ce qui confortera nos propres engagements de mesure.

Enfin, notons l’engagement des pays développés et l’encouragement à des contributions volontaires pour les autres pays à financer sur la base d’un plancher de 100 milliards de dollars par an le développement bas-carbone et une économie résiliente aux changements climatiques dans les pays du Sud : cela démontre l’importance d’accroitre pour Société Générale ses partenariats avec les institutions financières internationales et les multilatéraux. Ils seront des acteurs clés pour co-financer le développement et partager les risques associés.