Le financement à impact positif en Asie : grande entrée dans l’investissement traditionnel ?

Si le financement à impact positif tend à faire passer le bien commun avant l’intérêt personnel, il ne le fait pas nécessairement au détriment de la gestion rentable d’une entreprise ou de l’assurance de retours sur investissement, particulièrement en Asie : ce continent devient une source d’opportunités durables de financement. Ces principes fondamentaux ont été rappelés par des experts lors de la toute première Conférence asiatique pour une Finance à Impact positif et durable qui s’est tenue à Singapour le 5 juillet 2018.

Avec un besoin mondial estimé à 7 000 milliards de dollars par an jusqu’en 2030 pour atteindre les objectifs de développement durable établis par les Nations Unies, y compris des investissements en infrastructure, énergie propre, eau et agriculture, le potentiel commercial du financement durable est énorme. De plus, une part importante de ces investissements devra être destinée aux marchés émergents de la région. Selon certaines estimations, les membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Association of Southeast Asian Nations – ASEAN) devront, à eux seuls, augmenter les investissements verts de 400 % par an pour protéger leurs citoyens des impacts environnementaux négatifs.

Face à cette réalité et à un gouffre d’investissement béant, de nombreux gouvernements, entreprises et investisseurs asiatiques sont de plus en plus conscients de l’intérêt commercial du financement durable et s’efforcent d’assurer un avenir plus durable pour une région à croissance exponentielle et à urbanisation accélérée.

Obligations vertes et villes intelligentes

Plusieurs pays asiatiques sont conscients de la puissance des obligations vertes – qui financent des projets à finalité environnementale – pour combler le déficit de financement, et s’efforcent de financer les efforts de sociétés qui souhaitent adopter des pratiques commerciales respectueuses de l’environnement et créer une infrastructure durable.

L’utilisation d’obligations vertes pour les projets d’infrastructure – pour lesquels il existe une demande massive dans toute l’Asie – est considérée comme un domaine de croissance colossal. Par conséquent, on estime que les émissions d’obligations vertes dans la région devraient quintupler dans les cinq années à venir à mesure que les entreprises mettent l’accent sur les questions du changement climatique et du développement durable.

Alors que des marchés comme Singapour sont au premier rang en matière d’obligations vertes, la Malaisie et l’Indonésie s’intéressent plutôt aux sukuks verts ou obligations islamiques vertes, qui sont conformes aux directives d’investissement de la charia.

Par ailleurs, plusieurs villes d’Asie ont annoncé la conclusion de partenariats avec le secteur privé afin de devenir des cités intelligentes et faire face aux problèmes de congestion des transports, de logement et d’autres services publics.

Défis régionaux

La promotion du financement durable en Asie, région caractérisée par des disparités économiques et réglementaires ainsi que par des contrastes culturels, s’accompagne d’un ensemble de défis uniques. Parmi les problèmes à résoudre, il y a des questions de base comme une définition des normes relatives à l’investissement vert et le développement de systèmes de notation crédibles pour les villes intelligentes, mais également des facteurs macro-économiques qui obscurcissent les perspectives à long terme.

Le risque politique constitue une préoccupation importante car le soutien des gouvernements est essentiel à la promotion d’un financement durable sur les marchés émergents, comme le prouve l’expérience de la Chine où le gouvernement a assumé un rôle actif dans la promotion du marché des obligations vertes. Ceci contraste avec les marchés d’obligations vertes aux États-Unis et en Europe, qui ont été développés de bas en haut sous l’impulsion de la demande des investisseurs.

De plus, les marchés asiatiques doivent faire face à des défis opérationnels tels que la petite taille des transactions, ce qui complique la mise en commun d’une masse importante d’investisseurs en vue de l’émission d’obligations vertes.

Nouveaux produits, attitudes inexplorées

Il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions. Par exemple, le financement transitoire et le financement mixte peuvent aider à mettre en relation les investisseurs et les besoins régionaux de petite taille et rassembler différents acteurs pour créer des produits qui sont non seulement susceptibles d’être financés, mais qui peuvent également intéresser les investisseurs.
Alors même que de nouveaux produits et solutions sont développés, on assiste dans la région à une transformation des attitudes envers l’investissement à impact, la tension perçue entre l’impact et les rendements disparaissant progressivement. Il y a une plus grande adhésion et un désir d’intégrer les problématiques ESG (environnementales, sociales et de gouvernance) au processus d’investissement, notamment chez les gouvernements et les fonds souverains qui commencent à prendre plus au sérieux les investissements ESG.

En fin de compte, plus on proposera des solutions souples et accessibles, plus le financement à impact positif produira des effets, et ici, la technologie a également un rôle à jouer. La technologie numérique change la donne car elle permet aux entreprises de réduire les coûts de distribution et ainsi, d’atteindre plus de clients à moindres frais, et elle bouleverse les aspects économiques des accès. Ceci rend les projets de plus en plus bancables et plus que jamais viables d’un point de vue commercial.

Il n’est pas surprenant, par conséquent, que les investissements durables en Asie aient été multipliés par cinq entre 2014 et 2016, totalisant plus de 1000 milliards de dollars. Cependant, même si cette croissance est impressionnante, l’ensemble des investissements reste une fraction des investissements constatés sur les marchés européens et américains qui totalisent plus de 21 000 milliards en 2016, des chiffres qui, encore une fois, mettent en évidence le potentiel de croissance en Asie.

Les investisseurs de détail font eux aussi leur part pour combler ce vide, en manifestant un intérêt croissant dans les investissements à impact. Et cette tendance ne fera que croître, car la nouvelle génération d’investisseurs, qui devrait être le moteur de la croissance de l’investissement social, sera le bénéficiaire d’un transfert de richesse d’une valeur de plusieurs milliers de milliards de dollars au cours des vingt ou trente prochaines années.

L’assurance d’un avenir vert

Même si un aspect de la transition peut être altruiste ou lié à la poursuite de valeurs différentes, cette transition est également basée sur des considérations plus pratiques. Les études de Société Générale sur la durabilité longitudinale suggèrent que les portefeuilles intégrant les problématiques ESG réalisent des performances supérieures aux portefeuilles ordinaires.

L’étude montre également que même si l’investissement durable existe depuis des années, l’attitude des investisseurs n’a changé que récemment en sa faveur. Il est indéniable que l’intérêt des investisseurs est motivé par la démonstration de performances financières.

Pour encourager la croissance du financement à impact positif en Asie, il sera nécessaire de promouvoir des solutions d’investissement durables innovantes et pratiques qui s’adaptent à une vaste gamme de besoins des clients tout en étant capables de réaliser d’excellentes performances de manière constante.

Un exemple est l’utilisation d’outils d’analyse approfondie et d’ingénierie financière pour créer des indices ou paniers ESG centrés, par exemple, sur un secteur spécifique. Ceci offre aux investisseurs une solution dynamique leur permettant d’avoir accès aux opportunités créées par les développements du secteur tout en bénéficiant de bonnes performances réalisées par cette classe d’actifs, comme le montre l’analyse de Société Générale.

Le développement de telles solutions nécessite cependant à la fois une présence mondiale et une expertise régionale. Société Générale possède ces attributs grâce à son rôle de pionnier en matière de financement à impact positif et à sa connaissance approfondie des marchés émergents. Société Générale, membre fondateur de l’Initiative financière du Programme des Nations unies pour l’environnement, a canalisé ses ressources en conséquence. Elle a participé au financement de projets éoliens en Australie, de réseaux hydro-électriques en Chine, en Thaïlande et en Malaisie, et au plus grand projet éolien offshore à Taïwan. Société Générale et ses filiales ont également structuré de nouveaux produits et services à l’intention de clients institutionnels et de détail en Asie, notamment des ETF axés sur les objectifs de développement durable de l’ONU.

Pour l’avenir, il est clair que, si le parcours financier durable de l’Asie doit faire face à des défis, son impact est de plus en plus présent à l’esprit des institutions et investisseurs régionaux et peut être soutenu par des produits et technologies innovants : une convergence heureuse d’événements qui devrait alimenter la croissance du secteur pour les années à venir.