S’allier aux fintech au lieu de les craindre

Les banques et les fintech doivent collaborer pour faire face à la menace des géants de la technologie.

Anthony Woolley, Directeur de l’innovation chez Société Générale au Royaume-Uni.

Anthony WooleyEn 2017, plus d’un milliard de dollars ont déjà été investis dans le secteur des technologies financières (fintech) au Royaume-Uni (et l’année n’est pas encore terminée). Où va cet argent ?

On considère souvent que les entreprises de technologies financières innovantes perturbent les grandes institutions financières, dont elles favorisent la désintermédiation. Est-ce vraiment le cas ? Les choses sont-elles si simples ?

Il est certain que la banque de détail a subi de nombreuses transformations au cours des dix dernières années. De nombreuses filiales ont fermé et nous sommes aujourd’hui souvent plus proches des applications bancaires sur nos smartphones que du conseiller de notre banque. Pourtant, nous sommes encore très nombreux à être restés fidèles à notre banque « historique » pour nos comptes courants, nos comptes d’épargne et nos crédits hypothécaires.

Les banques mobiles gagnent du terrain, mais dans la plupart des cas, leur positionnement novateur ne leur permet pas de compenser les marges très faibles de leurs produits et d’afficher des flux de trésorerie positifs. La transformation du secteur est donc bien réelle, mais les banques de détail établies restent dominantes.

Qu’en est-il des grandes banques internationales, et quel est l’avenir de la banque de gros ?

Les services financiers ont été l’un des premiers secteurs touchés par la transformation numérique. Celle-ci a débuté dans les années 1980 et a révolutionné les marchés financiers. Des ressources considérables ont été investies au service de la modernisation des salles de marché du monde entier. Le front office a connu des mutations profondes, avec la possibilité pour les traders d’exécuter des transactions en quelques nanosecondes.

Moins prioritaire, le back-office est resté en retrait, créant un décalage de plus en plus important avec le front office au fil du temps. En effet, la complexité croissante des produits négociés en salle de marché nécessite des opérations back-office plus élaborées pour le règlement et la compensation de ces transactions. Pendant longtemps, la solution consistait à rattacher ces systèmes aux infrastructures vieillissantes des banques. Résultat ? Des systèmes de back-office filamentaires qui pèsent sur les coûts des banques et sont très difficiles à remplacer.

Ces dernières années, les nouvelles exigences en matière de reporting réglementaire ont encore resserré l’étau qui entoure ces systèmes hérités. Aujourd’hui, la technologie est au service de la restructuration de ces systèmes, remplacés par de nouvelles interfaces de référence appelées API, qui sont capables de se connecter aux systèmes de pointe hébergés par les principaux fournisseurs de services cloud. Autrement dit, les « filaments » deviennent des blocs de construction.

C’est là que l’écosystème créatif et innovant des fintech entre en jeu. Les banques souhaitent tirer parti des solutions innovantes mises au point par ces dernières, tandis que ces entreprises émergentes se rendent compte qu’il est difficile de faire cavalier seul compte tenu des barrières à l’entrée élevées et de la réglementation complexe. La nouvelle ère de la transformation numérique repose donc sur une collaboration d’un nouveau genre, qui bénéficiera bien sûr aux banques, mais permettra également aux développeurs des fintech de tester leurs technologies dans des conditions réelles.

En collaborant avec les fintech, les banques se protègent également de ce qu’elles considèrent comme une menace réelle : les grandes entreprises de technologie. Jusqu’à présent, les entreprises de la Silicon Valley ont évité le secteur bancaire compte tenu de ses pressions réglementaires et de leurs priorités diverses. Cette situation ne durera pas éternellement. Lorsque les géants de la technologie seront confrontés à une réglementation visant leur utilisation tous azimuts de nos données (un sujet à suivre de près), ils n’hésiteront alors plus à affronter la lourdeur réglementaire qui caractérise le secteur des services financiers, notamment si ce dernier a modernisé ses systèmes.

Nous traversons une période de mutations profondes. Une deuxième révolution technologique est en cours et les dix prochaines années vont être synonymes de bouleversements importants pour les banques comme pour les fintech. Dans les deux camps, il est donc nécessaire de prendre le meilleur départ possible. La réussite sera au bout du chemin pour ceux qui auront su tenir compte du besoin impérieux de collaborer.

 

Lire le communiqué de presse sur l'Innovation Week au Royaume-Uni

TechWeek 2018

L’événement consacré à l'innovation technologique, la TechWeek de Société Générale a lieu du 3 au 5 juillet 2018 au technopole Les Dunes à Val-de-Fontenay et au siège du Groupe à La Défense. Le thème de l’édition de cette année : l’application de nouvelles technologies aux métiers de la Banque.

En savoir plus