Le plan Juncker et l'effet multiplicateur

Le 25 novembre, la Commission européenne a dévoilé les modalités de son plan destiné à mobiliser au moins 315 milliards d'euros d'investissement au cours des trois prochaines années. Les explications de Marie-Hélène Duprat (Conseiller auprès du Chef économiste du Groupe).

A première vue, il s'agit d'un plan ambitieux qui vient pallier le déficit sévère d'investissements dans les pays de l'UE – une chute de 15 % des investissements depuis la crise financière mondiale. L'idée du plan Juncker, c'est que 21 milliards d'argent public attireront des investissements privés d'une valeur 15 fois supérieure. La Commission espère que garanties et capitaux d'amorçage encourageront le secteur privé à participer à des investissements stratégiques dans des projets d'infrastructure à travers toute l'UE, du transport à l'énergie en passant par l'Internet haut débit.

Le plan Juncker prévoit la création d'un nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), doté de 16 milliards d'euros de garanties provenant du budget de l'UE (dont 8 milliards d'euros venant de fonds européens existants mais non utilisés) et de 5 milliards d'euros de capitaux propres de la Banque européenne d'investissement (BEI).  Le FEIS sera opérationnel en juin 2015. Les États membres pourront apporter des capitaux supplémentaires au Fonds, sans que leur contribution soit prise en compte pour le calcul du déficit public dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance. Le plan prévoit également une « réserve de projets » à la disposition des investisseurs, avec un dispositif d'assistance technique destiné à orienter les investissements là où ils sont le plus nécessaires.

Le FEIS servira à garantir de nouveaux projets potentiellement risqués. Ces garanties permettront à la BEI d'apporter 63 milliards d'euros de financement (multiplicateur de 3) sous la forme de dettes subordonnées. Ce « tampon de sécurité » doit alors être le catalyseur de nouveaux investissements privés dans les tranches senior des mêmes projets, avec un effet multiplicateur de 5. Ainsi le Fonds pourrait-il générer 315 milliards d'euros de financements supplémentaires (multiplicateur de 15), dont 240 milliards d'euros seraient consacrés à des investissements stratégiques et 75 milliards d'euros aux PME et aux moyennes capitalisations.

Ce plan de 315 milliards d'euros représenterait 2,4 % du PIB de l'UE sur les trois prochaines années ; un montant qui, même s'il se concrétise un jour, ne ferait que satisfaire modestement les besoins considérables d'investissement en Europe. La question principale cependant est de savoir comment un Fonds aussi peu doté financièrement peut être à même de faire croître l'investissement privé dans les proportions anticipées.  Si le ratio de levier de 15 contre 1 semble exagérément optimiste, la priorité donnée à l'investissement est une avancée dans la bonne direction.

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