La nouvelle « normalité » de l'économie chinoise

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Récemment citée par Bloomberg parmi les trois meilleurs prévisionnistes de l'économie chinoise, Wei Yao, spécialiste de la Chine au sein de l'équipe Cross Asset Research de Société Générale Corporate & Investment Banking, explique les profondes mutations qui caractérisent actuellement ce poids lourd de l'économie mondiale.

La Chine est entrée dans une nouvelle ère de « normalité » économique. Plutôt que d'entretenir une croissance rapide au prix d'une détérioration de l'efficacité, le pouvoir chinois a préféré mener des réformes de fond et composer avec un certain ralentissement économique à court terme.

Il nous semble que ce processus de décélération structurelle est à mi-chemin. En 2014, la croissance annuelle du produit intérieur brut (PIB) de la Chine s'est élevée à 7,4 %, alors qu'elle atteignait 7,7 % précédemment, manquant pour la première fois depuis la crise financière asiatique de 1997 l'objectif établi par le gouvernement. Au premier trimestre 2015, l'économie chinoise a crû de 7,0 % sur 12 mois, son rythme le plus lent au cours des six dernières années. Nous nous attendons à ce que ce que cette inflexion se poursuivre au cours des cinq prochaines années pour se stabiliser aux environs de 5 %.

Le ralentissement concernera surtout les investissements. Le secteur immobilier ne risque pas de rebondir de sitôt, étant donné l'abondance de logements dans les plus petites villes et le resserrement des offres de financement auquel se heurtent les promoteurs. Les investissements dans le secteur secondaire poursuivront une tendance baissière avant que les surcapacités répertoriées dans plusieurs industries lourdes ne se résorbent totalement. Quant aux infrastructures, leur développement sera entravé par certaines dispositions de la réforme budgétaire qui visent à restreindre les émissions des administrations locales, une source de financement essentielle jusqu'à présent.

Prenant conscience de cette nouvelle « normalité » économique, le pouvoir en place s'était engagé à effectuer des réformes qui se sont jusqu'à présent bien déroulées, particulièrement celles concernant le marché financier.

Wei Yao, Spécialiste de la Chine au sein de l'équipe Cross Asset Research de Société Générale Corporate & Investment Banking

Sur une note plus positive, ce rééquilibrage de l'économie vers la consommation porte progressivement ses fruits, grâce à une hausse constante des salaires et une meilleure distribution des revenus. L'aggravation du déficit commercial du secteur tertiaire, notamment à cause du développement rapide du tourisme, indique clairement une hausse du pouvoir d'achat des consommateurs chinois qui est de bon augure pour les investisseurs et les entreprises du monde entier. Toutefois, la consommation ne représentant encore qu'une faible portion de l'économie chinoise, sa progression ne parviendra pas à enrayer une chute complémentaire du PIB à moyen terme.

Prenant conscience de cette nouvelle « normalité » économique, le pouvoir en place s'était engagé à effectuer des réformes qui se sont jusqu'à présent bien déroulées, particulièrement celles concernant le marché financier. La Banque populaire de Chine (la banque centrale) vient de créer un système d'assurance dépôt et se tient maintenant prête à libéraliser complètement les intérêts sur les dépôts durant l'année. La réforme sur les comptes de capitaux s'accélère également. Les quotas pour les programmes permettant aux investisseurs institutionnels étrangers d'être admissibles sur le marché chinois des actions (« QFII » et « RQFII ») ont été de nouveau rehaussés. En novembre 2014, une connexion entre les bourses de Shanghai et de Hong Kong a été établie, de sorte que les titres inscrits sur l'une ou sur l'autre puissent indistinctement être achetés par des investisseurs de Chine continentale ou de Hong Kong.

Le déploiement de ces réformes d'envergure fixe une nouvelle « normalité » pour l'économie chinoise, caractérisée par une croissance plus faible, mais de meilleure qualité. Des ajustements un peu douloureux à court terme sont inévitables, mais les perspectives à long terme paraissent plus alléchantes.