Covid-19 : Analyse de Michala Marcussen

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23/03/2020

Le Covid-19 s’est répandu à travers le monde causant des pertes humaines tragiques et de graves conséquences économiques. Il faut maintenant espérer que les mesures de fermeture et de confinement prouvent leur efficacité pour ralentir la diffusion épidémiologique. Elles doivent permettre d’alléger les pressions sur les systèmes de santé, de donner du temps aux progrès médicaux et de sauver des vies. Ces mesures préventives sont nécessaires mais elles entraînent des coûts économiques, et ce par quatre canaux principaux.

Michala Marcussen, Chef Economiste du Groupe et Directrice des Etudes économiques et sectorielles

1. Du côté de l’offre, les fermetures d’usines perturbent les chaînes d’approvisionnement, avec des effets dominos ressentis dans le monde entier. Plus largement, la fermeture des entreprises, qu’il s’agisse de production de biens ou de services, impacte l’emploi et les revenus des ménages, et singulièrement dans les pays avec des systèmes de sécurité sociale peu étendue. Le climat des affaires en Chine, mesuré sur l’indice PMI, a atteint son plus bas historique à 28,9 en février, ce qui correspond à un profond marasme dans la deuxième économie mondiale. Confrontées à l’incertitude, les entreprises du monde entier ont gelé leurs plans d’investissement et d’embauche.

2. Du côté de la demande, les ventes ont été durement touchées, les consommateurs restant chez eux. Si l'on additionne les secteurs de consommation les plus durement affectés, notamment l'hébergement, les loisirs, le commerce de détail, les activités liées aux voyages et les services de restauration, on constate que ceux-ci représentent 25 à 40 % de la consommation totale dans les grandes économies mondiales. Pour la France, si ces secteurs devaient subir une fermeture d'un mois, cela représenterait un peu moins de 1,5 point de croissance du PIB en année pleine. Une fermeture de deux mois ferait doubler ce chiffre pour atteindre environ 3 points de pourcentage.

3. Les prix des actifs, tels que les actions et les obligations d'entreprises, ont à leur tour subi une forte baisse, déclenchée par la perspective d'une perte économique importante et par une incertitude accrue. Le resserrement des conditions financières a ensuite des répercussions négatives sur l'économie réelle. Les marchés immobiliers sont sous pression, car les perspectives économiques s'affaiblissent. Par rapport à 2008/2009, il convient de noter que les banques ont un niveau de capitalisation et de liquidité plus important. La principale préoccupation aujourd'hui est le niveau élevé et la qualité médiocre de l'effet de levier sur les bilans de certaines entreprises.

4. Le dernier choc est lié aux prix du pétrole. Face à la perspective d'une baisse significative de la demande, les prix ont commencé à fléchir en janvier, puis le manque de soutien de la Russie pour réduire l'offre et la décision ultérieure de l'Arabie saoudite d'ouvrir les vannes de la production ont fait chuter les prix autour de 25 $/b. Si cette baisse, toutes choses égales par ailleurs, soutient le pouvoir d'achat des consommateurs, elle pèse sur les producteurs. Pour les producteurs dont les coûts d'extraction et l’endettement sont élevés, comme notamment aux États-Unis, cela est préoccupant et entraîne un effet de rétroaction négatif vers les marchés financiers.

Il ne fait guère de doute que la crise de Covid-19, même si elle est relativement brève, aura un impact profond sur l'économie. Il n'est pas surprenant que les responsables politiques cherchent à créer rapidement des compensations pour atténuer le choc. Pour réussir, ces politiques doivent garantir trois actions.

1. La première consiste à atténuer les tensions sur la liquidité et à empêcher qu'un resserrement des flux de trésorerie ne se transforme en une spirale infernale de défauts de paiement et de montée en flèche du chômage. Les retards de paiement des impôts et des charges sociales, les garanties de crédit, les mesures prudentielles, les moratoires sur la dette et le soutien au chômage technique entrent tous dans cette catégorie, de même que diverses mesures visant à soutenir les revenus des ménages. Les systèmes de sécurité sociale étendus de l'Europe, et notamment la gratuité des soins de santé, sont particulièrement précieux en cette période.

2. Le système financier assure la circulation des flux de capitaux et de crédit, et l'action agressive des banques centrales en matière de politique monétaire sert à maintenir ces artères ouvertes. La dernière action de la BCE, qui permet l'achat de plus d'un trillion d'euros d'actifs en 2020, a été très utile pour apaiser les tensions sur les marchés de la dette souveraine. Sans ces mesures, les gouvernements italien et espagnol, et même français, auraient dû faire face à des coûts de financement beaucoup plus élevés, ce qui aurait entraîné des tensions inacceptables sur les finances publiques et mis en péril les plans de sauvetage des gouvernements.

3. Le troisième volet de l'action consiste en des mesures de relance budgétaire pour stimuler la reprise une fois les mesures préventives levées. Il est probable que les dépenses de consommation et les investissements des entreprises mettront un certain temps pour se redresser complétement. Après avoir maintenu les entreprises en vie lors de l'épidémie de Covid-19, le soutien budgétaire est essentiel pendant la phase de reprise pour la survie à long terme et à la reprise complète.

En France, une série de mesures visent à soutenir les entreprises et à atténuer les tensions sur la liquidité. Parmi ces mesures figurent le report du paiement des impôts et des charges sociales à hauteur de 32 milliards d'euros (soit 1,3 % du PIB), un fonds de solidarité de 2 milliards d'euros (0,1 % du PIB) pour soutenir les entreprises dont le chiffre d'affaires annuel est inférieur à 1 million d'euros et une aide simplifiée au chômage partiel d'un montant total de 8,5 milliards d'euros (0,3 % du PIB). Il faut maintenant préparer un soutien fiscal pour aider à la reprise. On peut espérer voir cette aide coordonnée au niveau de la zone euro, la France s'efforce d’y contribuer. Comme la BCE l'a maintes fois signalé, la politique monétaire ne suffira pas à elle seule ; les gouvernements doivent également jouer leur rôle.

Comme toute crise, celle-ci sera riche d’enseignements et conduira probablement à des changements structurels, comme nous l'avons vu au lendemain de la crise de 2008/09. La préparation des systèmes de santé et des chaînes d'approvisionnement en soins vient en premier lieu à l'esprit. Les entreprises, de manière plus générale, peuvent également repenser leur organisation, qu'il s'agisse des chaînes d'approvisionnement, du travail à domicile ou des réunions virtuelles, et les préférences des consommateurs peuvent également changer. L'arrêt soudain de l’activité déclenché par le Covid-19 offre également un avertissement plus profond sur le risque de ne pas aborder le changement climatique en temps utile. Il convient de garder à l'esprit qu'un arrêt soudain d’activité lié au changement climatique causerait probablement des dommages plus permanents. Il semble y avoir une véritable opportunité d'utiliser une partie des importantes mesures de relance budgétaire, nécessaires pour aider à la reprise après la crise sanitaire actuelle de Covid-19, d'une manière qui contribue également à la lutte contre le changement climatique.