REGTech contre FINTech : au croisement entre réglementation et bouleversement sur le marché des titres

Directeur général, Directeur commercial et des relations clients, SGSS

Les services financiers sont l’un des secteurs les plus réglementés au monde. C’est un secteur complexe où la réglementation influe sur la rapidité des changements et leur nature. Une nouvelle volonté d’expérimenter a toutefois fait son apparition. À quel point se rejoignent réglementation et bouleversement ? La technologie peut-elle aider à gérer ces changements, qu’ils soient attendus ou non ?

L’environnement réglementaire mondial devient de plus en plus complexe pour les dépositaires et sous-dépositaires internationaux ainsi que leurs clients. Pour tous les acteurs du marché, ne pas respecter la réglementation ne constitue pas une option. Cependant, le poids de la réglementation se fait de plus en plus sentir et dans certains cas, elle ressemble à une cible mouvante.

En parallèle, une quantité importante de données sont partagées et exploitées en raison des exigences réglementaires, en particulier en matière de reporting. Les RegTech, un sous-ensemble des FinTech, font leur apparition pour aider les sociétés à s’éloigner du concept du « big data » et à se rapprocher de celui du « smart data », ou données intelligentes. Pour les institutions financières, il s’agit d’une exploitation beaucoup plus intelligente des données qui leur sont demandées par les autorités réglementaires. L’industrie est actuellement submergée de données, dont la plupart ont peu de sens. Les RegTech aideront les organisations à avoir une vision plus affinée des données elles-mêmes.

Le big data a entraîné la multiplication des données partout dans le monde et il est difficile d’en tirer une signification implicite. Les prestataires opérant dans l’administration des actifs sont bien placés pour proposer leur aide, la frontière entre la notion d’administration des actifs et administration des données étant mince. Des investissements ont été réalisés pour développer des outils qui aideront les clients à obtenir le vrai sens de leurs données et à se concentrer sur leur cœur de métier, c’est-à-dire des activités telles que la gestion des investissements, l’exécution des transactions ou le conseil en assurance. Les RegTech y contribueront fortement.

Les sociétés RegTech peuvent aider les administrateurs d’actifs en place à satisfaire leurs obligations réglementaires et à gérer les contraintes y afférentes avec plus d’agilité. S’agissant des données, la situation est paradoxale : plus nous exploitons de données, plus nous nous exposons au risque de contrevenir aux obligations de conformité. Les RegTech doivent aider le secteur post-transactions, en particulier en matière de KYC, de lutte contre le blanchiment d’argent et de fraude par chèque, à obtenir le sens complet des données et par conséquent à en faire le meilleur usage.

La question pour les acteurs du marché est de savoir s’ils
peuvent transformer une contrainte réglementaire en un avantage. Le déploiement de technologies peut créer plus de valeur pour
les administrateurs d’actifs et leurs clients et offrir des possibilités d’exploiter les données de manière intelligente.

Avec l’approche KYC, par exemple, la technologie joue un rôle essentiel pour faire tomber les barrières et aider les entreprises à aller plus loin en vue d’identifier non seulement leurs clients, mais également les clients de ces deniers et ainsi de suite. Ainsi, une approche pratique des données KYC aidera les acteurs du marché à tirer parti des données sans avoir à redéployer et à répliquer sans cesse les mêmes processus pour chaque participant du secteur. Et pour ces acteurs, il n’y a aucun facteur de différentiation ou avantage concurrentiel lié à la collecte des données ; une approche pratique semble donc logique.

Les RegTech vont non seulement aider les sociétés de placement à améliorer leur conformité, mais elles peuvent également aider les autorités réglementaires à être plus précises concernant le type de données demandé et à développer des contrôles et des collectes de données plus pertinents. Aujourd’hui, la conformité en termes de retour sur investissement est limitée pour l’ensemble des acteurs, car une quantité trop importante de données est collectée et il est difficile d’en tirer le sens implicite.

Comme toujours, il y aura des gagnants et des perdants avec les FinTech et RegTech. La technologie devrait avoir comme objectif de permettre aux grandes organisations, comme les dépositaires et administrateurs d’actifs mondiaux, de répondre avec plus d’aisance aux besoins liés à la réglementation et à ceux liés aux clients. La technologie a un rôle à jouer dans la transformation d’un environnement très complexe en un environnement agile.

Naviguer dans l’environnement réglementaire peut ressembler à conduire dans le brouillard : nous nous protégeons en portant une ceinture de sécurité, en réduisant notre vitesse et en allumant les phares antibrouillard. Pour avancer au sein du secteur financier, nous devons cependant adopter de nouvelles technologies qui nous aident à percer le brouillard en transformant ce qui ressemble à une contrainte en une opportunité source de valeur pour nos clients et donc pour le marché.