Tous au diapason ! L'orchestre de Société Générale à la Belle Époque

Peu avant la Première Guerre mondiale, le Club athlétique de la Société Générale (CASG) créée en son sein une section musicale. Bien que l'expérience ait été de courte durée, le succès a été au rendez-vous. Retour sur un pan méconnu de l'histoire du Groupe.

Dimanche 31 mai 1908. En cet après-midi ensoleillé, le Club athlétique de la Société Générale (CASG) a convié ses membres et leurs familles à assister à une fête exceptionnelle dans le domaine de Thoiry. Plus de deux mille personnes ont répondu favorablement à l'invitation.

© Archives historiques - Spectacle

Dans une atmosphère de liesse populaire, le spectacle se prolonge jusqu'à la tombée de la nuit. Épreuves sportives, jeux concours, banquet, remise de médailles, scénettes comiques et défilé en tenues traditionnelles figurent au programme des festivités. Mais le clou de la journée reste la prestation totalement inattendue d'un orchestre philarmonique composé d'une soixantaine de collaborateurs de Société Générale. Sous la baguette de Maurice Gaillard, les musiciens amateurs, qui n'ont eu que quelques répétitions pour se préparer, font preuve d'une maestria et d'un ensemble remarquables. C'est en entonnant en grande pompe Sogénère, l'hymne officiel du CASG, qu'ils débutent leur représentation pour le plus grand plaisir des spectateurs, dont une partie se met aussitôt à chanter le refrain à la gloire du sport et de la camaraderie :

                            Noble Sogénère
                            Tu peux être fière
                            De tous tes enfants ;
                            Leur âme est commune
                            Et sous ta fortune
                            Ils serrent les rangs !

Ce coup d'essai réussi est immédiatement suivi d'effet. Il consacre la création, au sein du club, d'une section de musique baptisée « Harmonie ». Celle-ci comptera jusqu'à 90 membres. Mus par la même passion et animés d'un esprit de corps, ces volontaires bénévoles sont sélectionnés à l'issue d'une audition durant laquelle ils doivent faire étalage de leur savoir-faire et de leur connaissance des nuances. Jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale, ils animent avec brio les fêtes et les réunions du CASG. Le 9 janvier 1909, ils se produisent au théâtre Marigny en ouverture et en entracte d'une représentation de l'opéra Les Diamants de la Couronne. Neuf mois plus tard, à l'instigation de la direction générale, ils offrent un concert à la ville de Fontainebleau. L'année suivante, ils exécutent les meilleurs morceaux de leur répertoire au Parc des Princes, à Marly, à Saint-Germain-en-Laye et enfin à Lyon où ils recueillent tous les suffrages. La presse locale, d'ailleurs, ne tarit pas d'éloges sur l'Harmonie du CASG. En 1911, après s'être produits dans la salle des fêtes du Trocadéro, les musiciens amateurs de Société Générale se couvrent de lauriers lors du concours national de musique organisé à Carentan, y remportant plusieurs prix et distinctions honorifiques. Sous la conduite énergique de Maurice Gaillard et de son adjoint Joachim Lerchi, la « phalange harmonieuse », comme on se plaît à la surnommer, intervient également au bénéfice des œuvres caritatives, par exemple l'Association des Orphelins de banque et de bourse. En septembre 1913, elle s'illustre à nouveau lors du festival de Saint-Germain. Personne ne peut alors imaginer que ses jours sont comptés. Un an plus tard, la section musicale du CASG se voit contrainte de suspendre ses activités, la plupart de ses membres ayant été appelés sous les drapeaux. À la conclusion de l'Armistice, elle ne revoit pas le jour. Si l'expérience aura été de courte durée, la relève n'en sera pas moins assurée. Un siècle plus tard, sous une toute autre forme, l'élan collaboratif qui a présidé à la création de l'Harmonie finira par renaître…

© Archives historiques - Orchestre du CASG en 1908 et Maurice Gaillard, 1909

Farid Ameur, Historien