À la conquête du ballon ovale ! Sport-Banque, la revue du Club athlétique de la Société Générale (CASG)

Janvier 1905. Dès son premier numéro, Sport-Banque, la revue du Club athlétique de la Société Générale (CASG), s'applique à promouvoir la pratique rugbystique en France. Des efforts sans cesse renouvelés qui auront contribué, par voie de presse, à populariser le ballon ovale dans l'imaginaire collectif.

C’est en décembre 1904, à l’occasion des fêtes de fin d’année, que la section rugby du Club athlétique de la Société Générale (CASG) inaugure sa première saison en disputant un match amical à Alençon. À l’âge de l’amateurisme, les dirigeants de l’association sportive d’entreprise ont jeté, entre autres, leur dévolu sur le ballon ovale et en recommandent la pratique aux employés et aux clients de la banque. Un mois plus tard, ils lancent Sport-Banque, une revue mensuelle destinée à promouvoir les intérêts du club et à stimuler, plus largement, le goût pour les activités physiques. Le périodique se conçoit d’emblée comme un organe de liaison entre les différents groupements régionaux que compte le CASG. Dans chaque édition, on trouve le calendrier des épreuves à venir, des explications sur les règles, des bulletins d’adhésion et, photographies à l’appui, la chronique détaillée des performances des sociétaires. Une série de réclames vient généralement clore le numéro, dont l’une, récurrente, fait la publicité du graveur Charles Brennus (voir photo ci-dessous, debout, à droite), l’inventeur du bouclier éponyme remis au vainqueur du championnat de France de rugby. Au fil des années, le journal s’étoffe. Après une courte interruption au début de la Première Guerre mondiale, il change plusieurs fois de formule, comporte de plus en plus d’illustrations (photos, cartes, dessins) et renouvelle sans cesse ses rubriques, celles-ci allant jusqu’à dispenser des conseils de nutrition et rappeler quelques règles de bonne conduite aux sportifs amateurs.

Pendant l’entre-deux-guerres, le ballon ovale occupe une place de choix dans Sport-Banque. Le sport se démocratise et suscite l’engouement populaire. En 1928, alors que le CASG dénombre plus de dix mille membres, son tirage moyen est de quatre mille exemplaires. Sensible aux valeurs attachées à la pratique du rugby, la revue recommande aux jeunes gens d’aller « s’ébattre au grand air dans cet exercice des plus sains et des plus fortifiants ». Elle ne manque jamais de rappeler que, dans la plupart des cas, l’énergie, la vaillance, les sentiments d’esprit d’équipe, le dévouement et l’affection que l’on porte aux couleurs choisies forcent la victoire. Aussi s’enorgueillit-elle des exploits de ses rugbymen vêtus d’un maillot bleu ciel et blanc. Dans les années 1920, l’équipe première du CASG, surnommée « les Banquiers », compte une dizaine d’internationaux tricolores dans ses rangs et dispute des matchs de représentation sur l’ensemble du territoire hexagonal. Sa section francilienne enlève le titre de champion de Paris en 1926 et 1933. À la demande de lecteurs friands d’anecdotes, la revue doit à nouveau étoffer sa rubrique consacrée au rugby. Remarquablement illustrés, les comptes rendus de ses correspondants fourmillent de détails sur des phases de jeu, font le bilan circonstancié de la saison et dressent le portrait de joueurs emblématiques tels que Marcel Besson et Gilbert Gérintes. À l’instar des clubs de l’élite, l’équipe première du CASG participe au challenge Yves du Manoir, l’ancêtre du Top 14. En 1930, le journal change de nom. Il s’agit désormais de la Revue mensuelle du Club athlétique de la Société Générale.

En raison de difficultés financières dues en partie au statut corporatiste du CASG, sa publication est interrompue entre 1937 et 1954. L’après-guerre correspond à une période de renouveau. En 1948 est créée l’Union athlétique de la Société Générale (UASG), une association omnisports relevant du comité central d’entreprise et exclusivement réservée aux membres du personnel. Une orientation qui n’empêche pas la banque de continuer à soutenir le CASG jusqu’en 1995, date à laquelle sa section rugby fusionne avec le Stade français. Devenue trimestrielle, la Revue du Club athlétique de la Société Générale, elle, disparaît définitivement en 1970. Elle aura néanmoins laissé dans l’histoire le souvenir d’un périodique à la fois instructif et divertissant où l’amour du sport, en particulier du rugby, n’a cessé d’être valorisé. Depuis, la pratique du ballon ovale a montré qu’elle avait encore de beaux jours devant elle.

© Archives Historiques Société Générale