Métiers d’autrefois : le personnel des agences de 1864 au début des années 50

Suivant sa taille, son ancrage et le volume de ses affaires, une agence comptait un personnel plus ou moins nombreux et qualifié ; néanmoins, dans l’ensemble, sa composition variait peu. Retour sur des postes et des méthodes de travail révolus qui ont accompagné l’essor du groupe Société Générale pendant près d’un siècle.

Le directeur
Gradé, il a pour fonction, outre la direction de l’agence, notamment de signer la « lettre officielle » ou bordereau récapitulatif du courrier adressé au siège et sur laquelle étaient mentionnés le solde en caisse et le montant des encours en caisse. Dans les années 1890, sa tâche principale consistait à signer lui-même l’endos ou l’acquit des effets adressés aux nombreux correspondants.

Le chef des bureaux
Egalement gradé, il exerce peu de tâches sur le fonctionnement des services dont il est le superviseur. Son travail consiste surtout à pointer le compte Société Générale : effectuer le rapprochement entre le compte tenu à l’agence, sur lequel toutes les écritures même les remises reçues du siège et des agences sont détaillées, et le compte tenu par la comptabilité générale.

L’employé principal
Il a la charge des différents services. Dans les années 1890, l’employé principal d’une agence était le caissier, et travaillait en continu. Le caissier manipule les espèces, contrôle les opérations du guichet en vérifiant la régularité des pièces sur lesquelles il paie ou reçoit. Sa fonction nécessite de la pratique, de la dextérité, du calme et l’habitude de calculer de tête rapidement. A la fin du 19e siècle, les pièces d’or et d’argent circulaient encore, il fallait donc reconnaître les pièces qui avaient cours et celles qui étaient fausses ou périmées. Le caissier se servait de la balance pour les peser.

Les employés
Ils sont répartis dans différents services, selon les agences. Leur tâche principale consiste à faire le détail des opérations de caisse, de portefeuille, de bourse, une par une. Par exemple, la journalisation des perceptions avec le détail par déposant de tous les coupons détachés de ses titres à additionner. Les totaux par comptes généraux sont ensuite reportés tous les jours dans le "grand livre".

- Au service du portefeuille, l’employé additionne les petits livres d’entrée et de sortie sur lesquels sont détaillés tous les effets provenant de la clientèle et des agences. Il procède également aux émargements des effets pour déceler les chevauchements.
Les maisons de commerce remettent des traites à la banque, tirées sur leurs débiteurs pour avoir une avance sur le montant avant la date d’exigibilité. Les employés enregistrent les bordereaux de remise à l’escompte sur des feuilles de risques, précisant les engagements de chaque client, puis ils calculent l’intérêt à retenir selon la valeur et l’échéance du papier escompté.

- L’employé des titres tient les livres d’achats et de ventes, de liquidations et des opérations diverses, ouverture des comptes « avances sur titres » alors très répandues (sur trois mois payables d’avance). Il s’occupe également du placement des titres, du reclassement des actions Société Générale. Les placements ou arbitrages réalisés comportaient toujours l’achat de quelques actions de la banque.

- L’employé aux coupons a pour obligation de noter les numéros de tous les coupons payés et l’existence de nombreux taux comportant des rompus. Il timbre les coupons à l’aide d’une griffe tampon.

- L’employé qui travaille à la position, reporte dans un livre les écritures pour les chèques, dans un autre les écritures pour les comptes courants. Puis il le tamponne à l’aide d’un tampon gras ou d’une griffe et le chèque passe en caisse pour règlement. Les opérations effectuées (virement d’espèces, frais de poste) pour le compte d’un client sont inscrites dans le livre de position ; une transcription sur un carnet est remise au client. Le débit figure en rouge, le crédit en noir.

- Le travail des employés de la comptabilité consiste à reporter sur des registres les inscriptions du journal et à vérifier toutes les écritures passées aux guichets. Il faut calculer les intérêts des comptes. Addition, pointage et ajustage du compte Société Générale, arrêtés de compte, calcul des valeurs moyennes font également partie du travail. À la fin du mois, la balance est établie et le bilan est adressé au siège dans un délai maximal de cinq jours après la fin du mois.

- Le contrôleur ou employé au Contrôle s’occupe également de la tenue de tous les livres de position, de la délivrance des chèques, du contrôle des titres détaillés à l’entrée et à la sortie sur un registre spécial. Il peut également établir des pièces de comptabilité et tient la correspondance du service avec le directeur et les autres services.

-Le groom, enfin, n’est pas seulement préposé à l’accueil des clients. D’une grande polyvalence, il griffe les effets d’escompte et d’encaissement, transporte le courrier et exécute des petites tâches au sein de l’agence. Dès 1934, Société Générale créé une « école des grooms » pour donner une instruction solide à ces jeunes auxiliaires âgés en moyenne de 14 ans.

Le garçon de recette
Figure incontournable de l’agence, le garçon de recette ou « brigadier » ou « encaisseur » se distingue par sa jaquette bleue à boutons d’argent, sa plaque sur la poitrine et son bicorne. Dans les vastes poches de sa jaquette de gros drap, il enfourne tous les « écus » qu’il reçoit au cours de ses encaissements. Sa sacoche pleine d’effets à encaisser ou de billets de banque est attachée par une solide chaîne de cuivre, fixée sous la jaquette. Il est parfois armé. Le matin, il prépare sa recette, fait le détail par domiciles de tous les effets à présenter, puis il endosse son uniforme et parcourt la ville. Le soir, il vérifie ses comptes et verse l’argent à la caisse. Le garçon a beaucoup de travail les jours d’échéance.

Les gardiens
Ils assurent la garde de l’agence en l’absence du personnel. On distingue le gardien de jour du gardien ou veilleur de nuit. Le premier travaille à l’heure du déjeuner, puis le soir après le départ des employés, jusqu'à 21 heures, ainsi que les dimanches et jours fériés. Le second travaille de nuit, de 21 h 00 à 8 h 00 tous les jours. Il s’agit souvent d’un employé en retraite auquel on confie ce poste de confiance. Quelquefois, un inspecteur du siège appelle la nuit afin de vérifier que le gardien ne dort pas. Le gardien est équipé d’un « rondier », compteur-poinçonneur qu’il doit faire fonctionner toutes les deux heures.

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