Le Vivier commercial : une formation d’excellence

Automne 1967. La direction de Société Générale créé le « Vivier commercial », un stage intensif axé sur le financement à moyen et long terme. Une formation devenue rapidement une référence sur la place bancaire et qui aura été aussi l’occasion d’un remarquable brassage de profils et de compétences.

En octobre 1967, Maurice Lauré, directeur général de Société Générale, préside à la création du « Vivier commercial », un stage de perfectionnement destiné à former de jeunes cadres prometteurs aux techniques de financement à moyen et long terme. Le projet vise à doter la banque d’experts spécialisés dans le montage et le suivi de dossiers complexes, notamment ceux relevant de la gamme des financements spéciaux (crédit-bail matériel ou industriel, fusions-acquisitions, reconversion ou transfert d’activités, etc.) Une initiative bienvenue dans un contexte de forte concurrence entre les établissements bancaires pour s’attacher la clientèle industrielle ou commerciale. D’autant que la libéralisation du crédit, qui vient d’être introduite par les lois Debré (1966-1967), laisse présager des changements significatifs dans l’exercice de la profession.

Société Générale démontre que la formation constitue l’un des piliers de sa culture d’entreprise. Un domaine dans lequel, selon tous les analystes, elle conserve une longueur d’avance sur ses concurrentes. C’est à Pierre Férez, alors sous-directeur à Nancy et réputé pour son expertise en matière de financements spécialisés, qu’est confié le soin de mettre en forme le programme. Une tâche ardue dont il s’acquitte avec tact, zèle et efficacité. La première session débute en janvier 1968 à l’intérieur des locaux du centre de formation, situé dans l’ensemble Édouard VII à Paris, à l’angle du boulevard des Capucines et de la rue Caumartin. Elle regroupe une trentaine de collaborateurs sélectionnés avec soin par leur ligne hiérarchique et ayant déjà à leur actif une solide expérience de l’exploitation bancaire. Dispensés par des praticiens, les cours permettent aux stagiaires d’acquérir, outre une maîtrise approfondie des techniques bancaires et des méthodes d’analyse financière, une somme de connaissances sur le monde économique, et en particulier sur celui de l’entreprise, avec une série d’études de cas réels : aspects juridiques, fiscaux, patrimoniaux, relations avec les établissements publics, mathématiques financières, etc. Cette formation intensive et sur mesure, qui nécessite un investissement personnel lourd, donne en même temps l’occasion d’une réflexion sur les métiers. Elle enseigne aux stagiaires comment apporter une assistance technique particulière à une clientèle aux prises avec des problèmes financiers éminemment complexes. Une manière, pour Société Générale, de renouer avec sa longue tradition des ingénieurs-conseils.

Le succès est au rendez-vous. En 1976, le « Vivier » a formé environ 250 cadres. Réunis désormais au 32e étage de la Tour Ariane, à La Défense, les stagiaires suivent une formation qui est devenue une référence sur la place bancaire, si bien que les cours polycopiés sont très prisés par les cadres de la profession. La durée du stage passe de neuf à six, puis à quatre mois et demi. L’enseignement est conçu sous une forme aussi vivante et pratique que possible. Les méthodes pédagogiques réclament la participation active et permanente des stagiaires : travail en équipe, étude de cas, conférences par des intervenants internes (parmi lesquels la direction générale) et externes (universitaires, industriels, etc.), exposés, recours à un équipement audiovisuel, entraînement à la maîtrise des moyens d’expression écrite et orale. Tout esprit de compétition est absent ; il n’y a ni notes, ni classement. Un sentiment d’émulation, profitable à tous, unit au contraire les « Viviéristes », qui sont encouragés à faire bénéficier leurs camarades de leur expérience et de leurs connaissances personnelles.

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En 1988, le Vivier commercial fête ses vingt ans. La direction des Financements spéciaux exerce sur lui une sorte de tutelle pédagogique pour assurer la bonne adéquation de la formation aux besoins de développement des activités et des techniques. De nouveaux thèmes, comme l’approche des marchés et la gestion de la banque, apparaissent dans les enseignements. On y étudie aussi l’utilisation de nouveaux outils de communication, notamment l’informatique et la télématique, les nouvelles techniques pour les changes et la trésorerie, ainsi que les nouveaux instruments financiers (MATIF, options, swaps, billets de trésorerie). À cette date, plus de 500 cadres du Groupe ont suivi cette formation dont l’efficacité ne doit pas être limitée à son degré de technicité. Ce stage est l’occasion d’un brassage de profils et de compétences. Il constitue une sorte de creuset d’expériences où se forge et se bonifie un esprit maison. Il rassemble des hommes et des femmes de tous horizons, du diplômé de l’enseignement supérieur au gradé formé en interne, du personnel des services centraux parisiens, des agences de province ou filiales étrangères, à l’ingénieur ou au stagiaire hors-cadre nouvellement recruté. Ajouté à cela, à chaque session, un polytechnicien et un haut fonctionnaire diplômé de l’ENA se joignent au groupe de stagiaires. Ainsi s’est constitué un maillage dense de rapports informels qui a renforcé, à sa manière, la culture d’entreprise et amélioré l’efficacité opérationnelle.

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