Le métier de banquier exigera toujours les mêmes qualités d’équilibre

Certes, l’époque n’est pas la même. 1964 s’inscrit dans une période de croissance soutenue et encadrée. Société Générale, nationalisée, développe son activité et ses services dans un pays en pleine expansion. Son réseau s’est étoffé en France comme à l’international. Les dépôts de la clientèle particulière ont atteint ceux de la clientèle commerciale, dans une période où l’usage du règlement par chèque s’installe dans les mœurs. Les premiers ordinateurs font leur apparition dans les ateliers comptables et la première Sicav « Sogevar » est lancée. Société Générale célèbre alors un siècle d’existence.

Pourtant, comme en témoigne son parcours, le Président Maurice Lorain a traversé au sein de l’entreprise des années difficiles et incertaines. Ancien combattant de 1914-1918, Inspecteur des finances, il entre en 1926 chez Société Générale. Alors qu’il occupe les postes de Secrétaire général puis de Directeur-général, il surmonte avec le personnel de l’époque, les difficultés engendrées par la crise des années 1929-1930 et du second conflit mondial. Il accède à la Présidence en 1958 pendant qu’il exerce son influence au sein des comités d’experts chargés d’étudier le redressement monétaire, financier et économique en France.

C’est fort de cette expérience que les mots de Maurice Lorain, reproduits ici, résonnent avec intensité pour nous aujourd’hui : 

« D’autres vont maintenant passer où nous passâmes. Ils vont conduire Société Générale vers son deuxième centenaire. Ils découvriront, chemin faisant, des horizons que nous n’avons pas soupçonnés ; ils tiendront leur comptabilité et ils analyseront leurs risques avec des machines électroniques ; ils vivront dans un monde où, en quelques heures, ils iront de l’autre côté de la terre et peut-être dans la lune.

Mais il est vraisemblable que le métier de banquier exigera toujours les mêmes qualités d’équilibre : conciliation du dynamisme et de la prudence, recherche de la productivité alliée au sens du risque, goût simultané des affaires et de l’organisation.

Les historiens français des époques classiques, parce qu’ils étaient au fond des moralistes, cherchaient toujours à tirer des leçons de leur étude du passé. Quelle leçon tirer de l’histoire de notre établissement ? Au cours d’un siècle où il a subi trois guerres, des crises économiques, des effondrements monétaires, après des tâtonnements à travers lesquels il a progressivement précisé sa doctrine d’exploitation, après des changements juridiques qui l’ont fait naître sous forme d'une compagnie autorisée et contrôlée par l’État, puis devenir une société entièrement privée, enfin une entreprise nationalisée, il a surmonté toutes les épreuves, toutes les difficultés et tous les échecs pour apparaître aujourd’hui, dans le système bancaire français, comme un des organismes les plus puissants et les plus efficaces au service de sa clientèle et du pays.

Cette réussite, il la doit à la solidarité qui a toujours coordonné les efforts communs de son conseil d’administration, de sa direction, de ses cadres et de son personnel. De sorte qu’à la fin de ce livre que nous laissons à nos successeurs, je leur demande d’en tirer la conclusion que pour Société Générale, la vertu principale a été, est et doit rester l’esprit d’équipe. »