L'école de Vichy, 1960 : retour sur les bancs de la classe

Automne 1960. Portée par son essor et le développement des techniques bancaires, Société Générale ouvre l'école de Vichy pour ses jeunes talents désirant approfondir leurs connaissances professionnelles. Déjà, la formation est devenue une marque de fabrique et l'un des piliers de sa culture d'entreprise.

Lundi 3 octobre 1960. Il est huit heures du matin. Quinze jeunes salariés de Société Générale se retrouvent dans une salle aménagée au premier étage de l'agence de Vichy, située rue Sornin. Sous le regard amusé de leur formateur, ils se présentent à tour de rôle et lient connaissance. Ils sont originaires entre autres de Châteauroux, de Toulon, d'Arles, de Cherbourg, de Saumur et d'Abbeville. Ils ont déjà à leur actif, pour la plupart, quelques années d'ancienneté dans l'établissement. Autre caractéristique commune, ils ont émis le vœu de recevoir une formation qui leur permettra d'acquérir les outils pour passer avec quelque chance de succès le concours de chef des bureaux, précieux sésame pour accéder au statut de cadre et s'élever dans la hiérarchie. C'est la raison pour laquelle ils se sont portés volontaires pour suivre le stage intensif de deux mois que vient de créer à cet effet, et à l'intention de son personnel, la section de formation et de perfectionnement du Groupe. Une initiative heureuse qui portera ses fruits et changera le cours de leur carrière.

La question de la formation et de la promotion internes constitue, à la vérité, une préoccupation historique à Société Générale. Précurseur dans ce domaine, pour ne pas dire avant-gardiste, elle est le premier établissement français à mettre sur pied, en 1921, des cours de perfectionnement dans la profession bancaire. Tous les échelons sont concernés : grooms, sténodactylographes, mécanographes, employés, agents principaux, chefs des bureaux, etc. Des diplômes et des récompenses financières viennent couronner les cursus. En 1934, l'établissement dispose déjà de huit centres d'instruction en France. Le mouvement s'accélère au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Dans une période de forte croissance économique, propice à l'éclosion de nouvelles techniques bancaires, l'environnement concurrentiel devient de plus en plus fort et convainc la direction de Société Générale de miser encore davantage sur la formation. Tout en prenant en considération les réalités de l'entreprise et ses rapides évolutions, elle entend permettre à son personnel de développer ses compétences, de faciliter sa mobilité et de lui ouvrir des perspectives. Elle-même n'hésite pas à donner l'impulsion. En 1953, Jacques Ferronnière, Directeur général adjoint et futur PDG du Groupe, publie Les Opérations de banque, qui sera le livre de chevet de plusieurs générations de banquiers.

À l'école de Vichy, la formation ne porte pas sur l'exploitation commerciale à proprement parler. Les stagiaires reçoivent l'ensemble des connaissances de base qui leur sont indispensables pour mieux appréhender la profession. Il n'y a pas d'examen de fin de stage, mais un contrôle continu de l'assimilation des cours. Les leçons portent sur les services organiques (visas et caisse, portefeuille, titres, comptabilité), le service étranger et les notions bancaires en vigueur. À raison de deux ou trois sessions annuelles, les stages durent huit à douze semaines ; ils s'ouvrent en mai et en octobre. Le succès est tel qu'en 1976, on compte sept salles de cours et une salle de conférence, auxquelles s'ajoutent une salle de détente et une salle de lecture. En 1974, l'école à déjà formé 2 300 agents, parmi lesquels des agents étrangers travaillant dans les filiales hors France métropolitaine. Deux ans plus tard, on dénombre parmi les élèves treize agents issus des pays d'Afrique subsaharienne, seize de Belgique, cinq d'Espagne et un du Maroc. La réputation de la formation est telle que la concurrence tente parfois de débaucher les stagiaires, à la sortie des locaux, à l'issue de leur formation !

L'école se distingue par sa pédagogie, basée sur des exercices pratiques et théoriques. Les élèves peuvent être amenés à faire une recherche d'erreurs présentes dans un compte et vérifier la régularité des remises. Le pointage de chiffrier truffé délibérément d'erreurs permet de vérifier l'attention du candidat, mais aussi sa connaissance des pièces comptables, des intitulés de comptes et leur fonctionnement. Voilà, en somme, un enseignement qui nécessite une participation active de la classe. Chaque point, expliquera un stagiaire, « fait l'objet d'un débat collectif qui fait appel aux vertus de l'esprit d'équipe et auquel chacun participe dans l'émulation. Les idées et les acquis de chacun doivent profiter à tous ». Au fil du temps, qui plus est, le matériel employé se développe. Les formateurs utilisent les moyens modernes et dynamiques de l'époque : magnétoscope, rétroprojecteur, magnétophone, téléviseur en circuit fermé, projecteurs de films et de diapositives. Cette expérience professionnelle s'enrichit d'une aventure humaine. La franche camaraderie qui règne entre les élèves transparaît dans les livres d'or de l'école, aujourd'hui conservés au service des Archives historiques de Société Générale. Baptisé d'un surnom farfelu, chaque stagiaire y a laissé son empreinte, son sens de l'humour, son goût de l'anecdote… et parfois son talent artistique. Par dérision, les classes s'intitulent elles-mêmes de noms pittoresques tels que « Les Pas trouillards », « Les Chichouilleurs » et « Les Bébés aimés ». Les commandements suivants ont été édictés par les premiers stagiaires :

Tes instructeurs tu respecteras
Et toujours leurs conseils tu suivras
Pendant les cours bien tu te tiendras
Et de toutes tes oreilles tu écouteras
Jamais de chahut tu ne feras
À la bataille navale point tu ne joueras
De failloter tu t'abstiendras
Sinon, mal vu de tes camarades tu seras !

C'est parmi les stagiaires de Vichy qu'à partir des années 1970, on trouve à Société Générale de nombreux cadres responsables de services organiques dans les agences mères, les délégations régionales et le siège social. Ils occupent des postes à responsabilités dans les domaines de la gestion administrative, des relations humaines et de la logistique. Après avoir reçu une formation complémentaire et une expérience commerciale, beaucoup se tourneront vers l'exploitation et deviendront responsables de groupes d'agences, de directions d'exploitation commerciale, de pôles service clients, voire de directions régionales et d'implantations du réseau international de la banque de détail. La preuve, s'il en est, que de l'école de Vichy au e-learning en passant par le Vivier commercial et le Cursus cadre, la formation est l'un des piliers de la culture d'entreprise du Groupe.

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