Droit au but ! La folle équipée des « Généraux »

À deux reprises, le Club Athlétique de Société Générale (CASG) a remporté la Coupe de France de football. Une performance qui fait de lui la seule association sportive d’entreprise à avoir gagné la compétition.

Dimanche 6 avril 1919. Du haut des gradins du Parc des Princes, dix mille spectateurs assistent à la finale de la Coupe de France de football. La rencontre oppose le Club Athlétique de Société Générale (C.A.S.G.) à l’Olympique de Pantin, le tenant du titre. On joue les prolongations. Vêtus d’un maillot bleu ciel et blanc, les « Généraux », qui viennent d’égaliser à 2-2, tentent d’arracher la victoire. Il reste deux minutes à jouer. Bien servi dans la surface de réparation, Louis Hatzfeld, leur attaquant vedette, contrôle le ballon, élimine un adversaire et déclenche une frappe puissante à hauteur du point de pénalty. Le cuir finit sa course au fond des filets. Sous les applaudissements du public, l’avant-centre anglais laisse exploser sa joie tandis que ses coéquipiers se précipitent vers lui pour le porter en triomphe. Quelques instants plus tard, l’arbitre siffle la fin du match. C’est la délivrance. L’équipe du CASG s’offre un tour d’honneur en brandissant son trophée. Au bout du suspense, elle a trouvé les ressources pour remonter le score au terme d’une rencontre de haut niveau. Pour la postérité, elle demeure le seul club d’entreprise à avoir remporté la Coupe de France.

La participation de Société Générale à cette compétition n’est en rien surprenante. Fondé en 1903, le CASG fait alors partie des meilleures associations sportives d’Europe et constitue, au temps de l’amateurisme, une véritable pépinière de champions. La section football est particulièrement bien garnie. La direction de la banque, qui recommande à ses collaborateurs la pratique de sports valorisant la vitesse et les jeux collectifs, ne s’y trompe pas en jetant son dévolu sur le ballon rond. Ainsi, les deux premières équipes sont formées à Paris en 1905. Sous l’égide de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA), les sections locales se multiplient à travers le pays. Avant le passage au professionnalisme en 1932, les championnats sont organisés à l’échelle régionale. Le CASG Orléans, notamment, est champion de Touraine de 1911 à 1914. L’équipe première du CASG Paris s’adjuge elle aussi le titre en 1913. Cette dernière, d’ailleurs, porte haut les couleurs des « Banquiers », comme on la surnomme d’abord. Emmenée par une génération de joueurs talentueux, dont plusieurs sont appelés en sélection, elle s’impose comme le meilleur club de la capitale. Son palmarès en témoigne. En 1914, elle remporte le tournoi international de Montriond, à Lausanne, ce qui fait d’elle la première équipe française à remporter une compétition à l’étranger. De 1915 à 1917, elle rafle deux Coupes des Alliés et trois Coupes nationales organisées par l’USFSA. La qualité de son fond de jeu, résolument porté sur l’offensive, lui attire les faveurs du grand public.

Chose singulière, le onze parisien compte trois Anglais, dont l’un, le défenseur John Mentha, porte le brassard de capitaine. On y trouve également un jeune attaquant du nom de Jean Boyer, qui fera plus tard les beaux jours de l’Olympique de Marseille. En 1918, pour la première édition de la Coupe de France, le CASG Paris échoue en demi-finale face à l’Olympique de Pantin. L’année suivante, la Fédération française de football (FFF) est créée. Trop corporatiste dans sa dénomination, l’association sportive de la Société Générale doit alors se muer en Club Athlétique des Sports Généraux (CASG), d’où le nouveau surnom qui est donné à ses joueurs. L’équipe parisienne, on l’a vu, arrache la Coupe de France à l’issue d’un match captivant. En demi-finale, elle avait réussi un premier exploit en s’imposant 4-3 à Rennes, sur le terrain des Rouges et Noirs…

Il faut attendre 1925 pour que le CASG Paris atteigne à nouveau la finale de la Coupe de France. Cette année-là, la compétition est encore plus relevée puisque 326 clubs participent à l’épreuve. Un parcours durant lequel les « Généraux » battent successivement Brest, Boulogne, Colombes et le FC Sète. En finale, ils sont opposés au FC Rouen. La rencontre se dispute au stade de Colombes le 25 avril. Mais les deux équipes ne parviennent pas à se départager et se quittent sur le score de 1-1. N’ayant pas encore admis le principe des prolongations, la FFF donne le match à rejouer. Les joueurs du CASG ont la rage au cœur. Et pour cause. Peu de temps avant le coup de sifflet final, leur attaquant Henri Tissot s’est vu injustement refuser un but pour un contrôle imaginaire de la main... Mais les « Généraux » ne cèdent en rien au découragement. Deux semaines plus tard, devant dix-huit mille spectateurs, ils prennent le dessus en s’imposant 3-2 !

C’est leur dernière heure de gloire. Très attachée aux règles de l’amateurisme, Société Générale refuse de franchir le pas du professionnalisme en 1932. Le CASG Paris ne peut plus aligner une équipe capable de rivaliser avec les plus grands clubs français tels que le Racing, le FC Sochaux et l’Olympique de Marseille. Tout juste parvient-il à s’adjuger le titre de champion de division d’Honneur d’Ile-de-France en 1933. Et si le CASG Orléans parvient à faire belle figure, de même que les sections locales de football de Marseille et de Bordeaux, ces équipes n’ont qu’un rayonnement régional. Une situation sportive plus délicate qui n’empêche pas la direction du CASG de prendre d’heureuses initiatives, par exemple en créant une école de football en 1932 et en promouvant le football féminin. La tactique s’avère payante. Deux ans plus tard, l’équipe des juniors remporte la Coupe des Minimes de Paris. La section féminine du CASG Marseille, quant à elle, atteint la finale du championnat de France en 1927. De quoi donner corps à l’esprit d’équipe.

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