L’industrie avant la banque

Histoire des premiers pas de Société Générale en Russie.

En 1872, soit neuf ans à peine après sa création, Société Générale (pour favoriser le développement du commerce et de l’industrie en France) se tourne vers la Russie. Mais, contrairement aux dirigeants du Crédit Lyonnais qui s’intéressent à ce pays pour y exercer les métiers traditionnels de la banque, ceux de Société Générale souhaitent surtout s’affirmer comme des investisseurs et soutenir le développement métallurgique et ferroviaire du pays. Tout d’abord, ils patronnent la Société minière et industrielle qui est en charge de la canalisation de la Moskova et des charbonnages du Donetsk.

En 1897, le Groupe crée une autre filiale : Société Générale de l’industrie minière et métallurgique en Russie, surnommée l’Omnium. Cette entreprise s’affirme rapidement comme la plus grosse productrice de charbon et de métal de la Russie méridionale. C’est par ce biais que Société Générale prend des participations dans d’autres firmes industrielles : Routchenko ou encore Makievka. Au total, les seules activités bancaires qu’exerce le Groupe sont le placement des titres des sociétés industrielles ainsi que l’octroi de prêts pour développer leurs activités.

L’art des relations diplomatiques franco-russes

A la fin du XIXe siècle, le tsar Alexandre III et son successeur, Nicolas II, souhaitent lancer la Russie sur la voie de la modernité. Cela passe notamment par son développement économique.

Pour financer le décollage industriel et la construction de voies de communication, les responsables politiques du pays empruntent des capitaux sur les marchés étrangers. Le premier emprunt russe est lancé en décembre 1888 et le dernier en décembre 1913.

La France, qui est alors la principale alliée de la Russie et qui souhaite renforcer les liens diplomatiques entre les deux pays, joue un rôle prépondérant dans le placement de la dette publique russe. Pour cela, les différents gouvernements français qui se succèdent entre 1888 et 1914 comptent sur l’appui et le savoir-faire des principaux établissements bancaires de l’Hexagone, parmi lesquels Société Générale.

En 1909, le Groupe gère 340 millions de francs (soit près d’un milliard d’euros actuels) de souscriptions. Cela représente près de 21 % du total. Société Générale se place en deuxième position, derrière le Crédit Lyonnais et devant Paribas et le Comptoir national d’escompte, ancêtre de BNP.

Ainsi, au tournant des XIXe et XXe siècles, Société Générale exerce non seulement le rôle d’entreprise industrielle mais aussi de banque d’affaire. Une troisième activité viendra bientôt s’ajouter : la Banque de détail avec la création de la Banque du Nord en 1901.