1901 : la banque pour accompagner l’industrie

Depuis 1872, malgré le dynamisme de ses affaires en Russie, Société Générale ne dispose d’aucune banque de détail. C’est chose faite le 18 septembre 1901 : la Banque du Nord ouvre ses portes à Saint-Pétersbourg, au 62 de la Perspective Nevski.

Grâce à la création de la Banque du Nord, Société Générale peut diffuser en début du XXe siècle son savoir-faire bancaire en Russie et accompagner le lancement d’entreprises industrielles et commerciales.

Afin de développer ses affaires, la Banque du Nord se lance, dès ses débuts, dans une stratégie d’ouverture de guichets. En 1910, le réseau est composé d’une cinquantaine d’agences. Au cœur des grandes places commerciales de la Russie, notamment en Russie centrale et méridionale, elles sont dotées d’un portefeuille de clients très diversifié. Elles accompagnent les affaires agricoles mais contribuent également au fort développement industriel de la Russie méridionale. A Kharkov, la succursale finance notamment les entreprises filiales de l’Omnium, holding financière créée par Société Générale. Les agences sont présentes également dans les villes portuaires comme Odessa, Marioupol, Riga ou Libau. Enfin, quelques guichets s’ouvrent dans des endroits plus reculés : à Ekaterinbourg dans la région de l’Oural ou encore à Bakou, région pétrolifère de l’extrême-sud de l’empire russe.
 

Les premiers collaborateurs expatriés en Russie

Pour accompagner le développement de ses activités bancaires et industrielles en Russie, la direction générale du Groupe encourage un certain nombre de collaborateurs à s’expatrier.

Dès le début du XXe siècle, une sorte de « vivier international » est mis en place, à destination essentiellement de la Russie. L’entreprise a en effet besoin de différentes compétences. Tout d’abord, les filiales industrielles du Groupe, comme l’Omnium, ont recours à des ingénieurs-conseils du siège parisien. Si certains effectuent des missions courtes, d’autres s’installent dans le pays pour une longue période, à proximité d’un des sites miniers appartenant à l’entreprise. Leur travail consiste à évaluer les aspects techniques de l’exploitation ainsi que les conditions sociales des ouvriers. Depuis la Russie, ils prodiguent des conseils à la direction de Société Générale et l’aident dans ses prises de décision.

Société Générale confie par ailleurs des postes de direction de la Banque du Nord à des cadres du réseau France. Il s’agit le plus souvent de directeurs d’agence de province, ayant commencé leur carrière comme employé et disposant d’une solide expérience professionnelle. Pour la plupart, ils exercent les différents métiers de la banque de détail depuis au moins quinze ans. En collaboration avec leurs collègues russes, ils supervisent le déploiement de la filiale sur l’ensemble du territoire russe. Des traducteurs des services centraux parisiens sont également affectés au siège de la Banque du Nord à Saint-Pétersbourg.

Mais la majorité des expatriés est fournie par le corps de l’Inspection. Jusqu’en 1909, les inspecteurs sont envoyés en Russie pour des missions d’un mois ou deux mais ils restent rattachés aux services centraux. Puis en 1910, la Banque du Nord se dote de son propre service et recrute des inspecteurs de la maison mère, notamment ceux qui maîtrisent le russe. Leur expatriation intervient très tôt dans leur carrière professionnelle puisqu’ils partent pour la Russie en moyenne huit ou neuf ans après leur recrutement.

Ce corps jouera un rôle important lors de la création de la seconde filiale de Société Générale en Russie : la Banque russo-asiatique.

Légende de la photo : Robert Legrand, employé au contentieux puis inspecteur de 1901 à 1910. Il passe à la Banque du Nord en juin 1910 où il restera jusqu'en 1917.