Le temps réel : quand la rapidité devient-elle excessive ?

Emmanuel de Bouard, Directeur Cash Clearing, Global Transaction Banking

Même si les définitions du paiement en temps réel diffèrent, les paiements 24h/24, 7j/7 et 365j/an deviendront sans aucun doute la norme à travers le monde. Toutefois, les paiements en temps réel ne sont pas sans risque pour les banques européennes.

L'Europe est actuellement dépourvue d'un système de compensation en temps réel, si bien que les paiements ne sont pas en temps réel. Les informations relatives à un paiement peuvent être envoyées en temps réel, mais les fonds ne sont pas vraiment transférés en temps réel. Par conséquent, le bénéficiaire d'un paiement peut immédiatement réutiliser les fonds d'une transaction en temps réel, mais la banque ne les aura pas encore reçus. Si la banque de l'émetteur fait faillite avant que les fonds ne soient transférés, celle du bénéficiaire peut subir une perte.

Ce n'est pas nécessairement un problème avec les grands établissements, mais il existe, en particulier en Europe, des milliers de petites banques qui ne bénéficient pas toujours d'une garantie de paiement. La banque de l'émetteur pourrait insister pour que celle du bénéficiaire préfinance le paiement, mais c'est problématique en termes de coût et de disponibilité des liquidités. Et cela devient un problème majeur en cas de pénurie de liquidités sur le marché, comme lors de la crise financière de 2008.

Pour les banques européennes, les paiements en temps réel entraînent des coûts et des risques élevés, alors qu'ils n'ont que peu de retombées sur le plan commercial. Les paiements en temps réel se développent, mais il convient de s'interroger sur les problèmes de liquidités et de risques si nous voulons que ce système soit un succès dans toute l'Europe.

Le temps réel peut aussi être problématique pour les consommateurs : les comptes sont débités dès que les achats sont effectués, ce qui peut surprendre ceux habitués à n'être débités qu'à la fin du mois avec leurs cartes de crédit. La fraude peut également être un problème. À l'heure actuelle, les transferts transfrontaliers peuvent être bloqués de 24 à 48 heures et les fonds rappelés en cas de soupçon de fraude. Avec le temps réel, il est impossible de les rappeler, ce qui peut aussi faire subir des pertes aux banques en cas de fraude. Une façon de limiter l'impact de la fraude serait d'imposer des limites quant au montant des transactions en temps réel. Le risque de fraude serait ainsi réduit, tout comme les besoins de liquidités des banques.

Compte tenu des risques associés au temps réel, il serait utile de demander aux clients ce qu'ils souhaitent vraiment en termes de paiements. Pour les commerçants, la priorité est d'obtenir une garantie de paiement et une indication de son échéance. Le système de carte de crédit leur est bien adapté, car il garantit le paiement si la transaction est légitime.

Avec le temps réel, le compte bénéficiaire doit être immédiatement crédité des fonds, mais c'est un fardeau important pour les banques, qui pourraient devoir investir lourdement dans des systèmes de comptabilité adaptés. Une autre solution pourrait être envisagée : le bénéficiaire reçoit la confirmation de la banque que la transaction a été reçue, mais elle n'est en fait créditée qu'à la fin de la journée et non pas immédiatement. Le bénéficiaire peut néanmoins réutiliser les fonds à réception de la confirmation de la banque.

De nombreux services de paiement immédiat sont offerts gratuitement, mais cela ne reflète pas le risque ou le coût des liquidités et de traitement associé à ces paiements. Une option pourrait être d'appliquer différents tarifs avec des frais plus élevés pour les paiements immédiats.