La face changeante de la banque transactionnelle

Pascal Augé, Directeur Global Transaction & Payment Services

La banque de transaction revêt une importance croissante auprès des entreprises, car celles-ci ont besoin de gérer plus efficacement leurs fonds de roulement, leur trésorerie et leurs risques. Elles sont à la recherche de solutions de cash management de bout-en-bout, capables de mieux gérer les pools de liquidités dans des régions multiples, un service que peuvent offrir les banques transactionnelles.

Depuis la crise financière, les entreprises deviennent plus sensibles au risque de contrepartie lié aux établissements bancaires, et désormais le choix de leur banque transactionnelle repose sur une approche plus sélective et centrée sur l'aspect relationnel.

La banque transactionnelle comporte trois types d'acteurs : les « gros », qui correspondent aux banques internationales, puis les banques à ancrage régional, et enfin les établissements purement axées sur leur marché domestique. Souvent, la frontière entre ces trois catégories est assez floue, car par exemple, certaines banques régionales proposent des offres domestiques très élaborées sur une sélection de marchés.

La banque transactionnelle est un domaine qui implique des investissements importants, mais il est fréquent que des éléments de la chaîne de valeur soient en réalité non rentables lorsqu'ils sont pris isolément. On ne sait pas si les nouveaux entrants seront en mesure d'atteindre la force des banques transactionnelles dans ce domaine.

Afin d'être en mesure d'offrir des solutions de bout-en-bout, les banques transactionnelles doivent investir massivement dans la technologie : cela leur permet d'avoir des systèmes intégrés et de proposer un service digital, harmonisant et standardisant le reporting et la gestion de la trésorerie. Il leur faut également investir dans la sécurité, car les services de cash management s'ouvrent à de nouveaux horizons avec les paiements en temps réel et la banque mobile, par exemple.

En plus des produits traditionnels de gestion de trésorerie et de fonds de roulement, les banques transactionnelles doivent fournir d'autres services innovants à forte valeur ajoutée, tels que des couvertures de change et de taux d'intérêt, le financement de la chaîne d’approvisionnement, l'affacturage et la titrisation. C'est un défi de taille, en particulier pour les établissements qui sont au service de grandes multinationales s'appuyant sur leurs banques pour bénéficier d'une solution de gestion de trésorerie sûre et efficace à travers tout leur réseau international.

S'il est assez simple de procéder à l'intégration des solutions de trade finance et de gestion des créances, celle des services de cash management se révèle plus ardue, car ceux-ci dépendent étroitement de systèmes de paiement et de compensation locaux soumis à différentes exigences en termes de réglementation et de reporting. Ces contraintes affectent donc l'intégration du cash pooling dans ce type d'environnement.

Pour aider les clients à gérer plus efficacement leurs fonds de roulement et leur trésorerie sur tous leurs marchés, les banques transactionnelles vont de plus en plus s'associer au sein de partenariats entre elles qui leur permettront d'offrir des solutions « mutualisées », à hauteur de la couverture géographique voulue par de nombreuses entreprises. Ces partenariats regrouperont des expertises sur des marchés particuliers, afin de proposer des services complets.

L'évolution du paysage réglementaire attire un certain nombre de concurrents qui ne sont pas issus du monde de la banque ; les nouveaux entrants se positionnent à certains endroits de la chaîne de valeur, et celle-ci est déstabilisée par l'arrivée d'acteurs offrant leurs services sur Internet. Il est cependant plus probable que les banques transactionnelles collaborent avec ces nouveaux entrants et intègrent leurs solutions dans leur service global de cash management et trade, afin que les clients bénéficient des offres les plus sophistiquées. Dans ce contexte, l'association des banques transactionnelles avec des acteurs hors secteur bancaire pourrait déboucher sur des services plus rapides et plus économiques dans certaines parties de la chaîne de valeur. Globalement, les banques transactionnelles disposent d'un avantage parce qu'elles maîtrisent l'ensemble du processus et qu'elles sont en mesure d'investir assez pour offrir des services globaux tout en garantissant la sécurité des transactions.