Le climat : Une opportunité pour l'Europe

épingler l'article

Michala Marcussen, chef économiste de Société Générale
06/03/2020

Le changement climatique fait de plus en plus la une des journaux.
Alors que l’on pense spontanément aux événements météorologiques extrêmes, aux pertes de vie tragiques et aux activités directement affectées, il est également nécessaire de se pencher sur la manière
dont le changement climatique modifie le comportement des consommateurs, des investisseurs et la conduite de la politique.

L'industrie automobile en est un excellent exemple : les nouvelles normes d'émission exigent des changements majeurs dans la production, et les nouvelles préférences des consommateurs, comme
le covoiturage, nécessitent de repenser en profondeur les modèles économiques. À mesure que les constructeurs automobiles s'adapteront à cette nouvelle réalité, l'impact se fera sentir tout au long des chaînes d'approvisionnement mondiales, et déjà en 2019, ces changements ont eu un impact négatif visible sur le PIB de la zone euro. Le défi consiste désormais pour l'industrie à transformer cette contrainte en opportunité.

L'automobile n'est d'ailleurs pas le seul secteur à connaître des changements ; le renouveau des voyages en train, la nouvelle mode des vêtements vintage et des régimes alimentaires « flexitariens » en sont d’autres exemples. Les préférences des investisseurs évoluent également, un nombre croissant de gestionnaires d'actifs adoptant des stratégies pour réduire les émissions de leurs portefeuilles, faisant ainsi écho aux engagements de nombreuses banques. Reflétant ces changements de préférences des consommateurs et des investisseurs, les entreprises de tous les secteurs adoptent de plus en plus souvent des stratégies climatiques.

En effet, le changement climatique n'est plus un problème seulement à long terme, il a un impact visible dès à présent. Les décideurs politiques européens reconnaissent les défis à relever et la nouvelle Commission a défini un "pacte vert pour l’Europe", dans le but de faire de l'Europe le premier continent climatiquement neutre d'ici 2050, et doit proposer la première "loi sur le climat" européenne d'ici mars 2020, qui constitue l'une des premières étapes de sa feuille de route.

Le passage du pacte vert de la proposition à la législation devra se faire avec l'accord de l’ensemble des États membres, et une mise en œuvre réussie nécessitera l'achèvement de l'Union bancaire, de l'Union des marchés de capitaux, d'une certaine forme d'Union fiscale et le soutien des politiques nationales dans des domaines clés tels que les politiques d'éducation et la réforme des marchés du travail. Tout aussi important, il faudra également faire preuve d'un esprit d'unité vis-à-vis du reste du monde ; la simple mention de projets de taxe carbone aux frontières pour garantir des conditions de concurrence équitables aux entreprises européennes a déjà suscité les critiques de l'un des principaux partenaires commerciaux de l'Europe. Le changement climatique et la politique commerciale sont en effet de plus en plus liés, et il est également à noter que l'accord commercial UE-Mercosur a été mis en question en 2019 pour faire pression sur le gouvernement brésilien afin qu'il agisse pour maîtriser les incendies en Amazonie.

À l'aube des années 2020, le consensus des économistes prévoit que l'Europe connaîtra l'un des taux de croissance potentielle les plus faibles parmi les économies avancées. Prendre la tête de la lutte contre le changement climatique offre une occasion unique à l'Europe, en lui offrant la perspective de nouvelles opportunités d'affaires et d'emploi, ainsi qu'une position de leader dans le domaine des technologies climatiques. Il faudra pour cela une action politique déterminée, qui exige de dépasser largement le compromis facile du plus petit dénominateur politique commun. Pour l'Europe et le monde, il s'agit d'une étroite fenêtre d'opportunité.