MyJouleBox part à la conquête de l’Afrique avec le leasing d’installations solaires

Lauréat de la première édition du programme d’Open Innovation « Bridge Africa » organisé par Société Générale, MyJouleBox fournit de l’énergie à des particuliers et de petits commerces souvent isolés grâce à des installations solaires vendues en leasing.

Une rencontre à l’origine du projet

MyJouleBox, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre entre deux étudiants qui allaient devenir des amis. « Avec Léonide Michael Sinsin, mon futur associé, nous finalisions notre master à l’IFP » témoigne Paul Berthomieu, cofondateur de la startup. « À la suite de notre stage de 6 mois, il m’a invité à partir avec lui au Bénin, son pays natal. Après un séjour de trois semaines, j’étais conquis et nous avons décidé de fonder avec les 2 000 € de notre prime de stage « Aress », une entreprise spécialisée dans l’installation et la distribution de systèmes solaires de qualité. Cette société, installée au Bénin, s’est très vite développée. Elle compte aujourd’hui 30 collaborateurs et réalise 500 K€ de CA. Mais nous avons été confrontés à un problème de taille. Nos clients n’avaient pas les moyens d’acheter une installation en paiement cash et préféraient acheter des produits de mauvaise qualité à remplacer tous les 6 mois que nos solutions garanties 5 ans. Dès 2015, nous avons donc permis à nos clients de payer par mensualité. Si les clients achetaient bien nos systèmes eh bien, souvent, lors de la collecte dans les villages, il n’y avait plus personne pour nous payer. Nous avons donc eu l’idée de créer un système qui, faute de paiement se couperait automatiquement, et également, de proposer le financement de l’installation grâce à un système de leasing sur 36 mois. C’est le modèle de notre nouvelle startup, MyJouleBox, un clin d’œil au juke-box musical version énergie. »

Une technologie garantit les règlements

Chaque mois, l’installation envoie une notification au système central. « Si le client a réglé sa mensualité, tout continue à fonctionner normalement. Mais en cas d’incident de paiement, tout s’arrête. C’est seulement une fois le paiement effectué que l’installation redémarre. Pour les clients reliés à internet, la reconnexion s’effectue automatiquement. Autrement, nous leur faisons parvenir un code par SMS qu’ils devront saisir sur un clavier. » MyJouleBox travaille en partenariat avec un réseau d’installateurs locaux indépendants. L’entreprise leur apporte la solution, le matériel et assure le financement mais c’est à eux de trouver leurs clients puis d’assurer la maintenance des systèmes. « Au cours des prochains mois, nous devrions élargir notre réseau à 1 200 professionnels. Notre solution transforme leur activité. Grâce à nous, ils se positionnent désormais sur des marchés récurrents à forte valeur ajoutée tout en bénéficiant de revenus réguliers. Le business model de MyJouleBox est donc structurant pour les économies locales. »

Investir dans la qualité

Si l’énergie solaire disposait d’une mauvaise image en Afrique, c’est dû à la conjonction de deux facteurs. D’une part, une concurrence agressive liée à des produits d’origine asiatique peu chers mais surtout peu fiables. Et d’autre part, à l’utilisation d’installations sous-dimensionnées par rapport aux besoins. « En proposant un leasing aux clients, nous leur apportons une réelle bouffée d’oxygène financière. Grâce à nos recommandations techniques, ils peuvent ainsi sélectionner une installation de qualité qui corresponde exactement au niveau de puissance dont ils ont besoin. Nos offres de financement sont très attractives car elles s’échelonnent sur 36 mois avec des kits complets débutant à 40 € pour un point lumineux et une recharge de téléphone. C’est particulièrement compétitif et adapté à des niveaux de salaire comme au Bénin où le revenu mensuel moyen est de 60 € par mois. »

600 millions d’Africains privés d’électricité

Derrière le business model de MyJouleBox, il y a un réel enjeu sociétal à l’échelle d’un continent. Aujourd’hui, environ 600 millions d’Africains, soit près de la moitié de la population, n’ont toujours pas accès à l’électricité. « En Europe, tout existe ou presque. L’Afrique regorge d’opportunités, beaucoup de domaines restent à inventer dans les secteurs de l’agriculture, des infrastructures routières ou encore de l’énergie. J’ai vraiment le sentiment d’être utile et cela m’a poussé à me lancer. » Récemment, un barbier s’est équipé d’une petite installation solaire et son chiffre d’affaires s’est tout de suite envolé. « Nos systèmes s’implantent fort logiquement dans des zones rurales sans accès à l’électricité. Au-delà de favoriser le développement de l’économie locale, ils contribuent aussi à lutter contre la pollution car beaucoup de personnes utilisent des groupes électrogènes particulièrement polluants. » Pour les enfants, c’est aussi un moyen de poursuivre une éducation normale avec, le soir, des devoirs effectués à la lumière d’une ampoule et plus d’une simple bougie.

Bridge Africa, un accélérateur de développement

« Nous avons participé au programme Bridge Africa car nous souhaitons accélérer le développement de MyJouleBox. Fin 2017, nous avions déjà installé plus de 100 systèmes dans une phase pilote au Bénin. Actuellement, nous dupliquons notre expertise au Burkina Faso, au Togo, au Niger mais aussi au Cameroun. Avant la fin de l’année, nous visons l’installation de 10 000 petits systèmes et de 1 000 grands systèmes destinés à alimenter par exemple des appareils à usages productifs tel que de réfrigération industrielle. Nos objectifs à 3 ans sont particulièrement ambitieux avec une prévision de 400 000 systèmes installés. » Un des éléments clé du développement de MyJouleBox repose sur l’identification d’un partenaire financier pour prendre en charge la partie leasing, l’entreprise préférant concentrer ses ressources sur le développement de sa solution technique, de son réseau local de commerciaux et d’installateurs. « C’est d’autant plus intéressant pour une banque que nos clients n’ont généralement jamais été bancarisés. Cela représente un moyen de partir à la conquête d’un marché naissant. »

Accueillis 8 mois au « Plateau », l’incubateur de Société Générale

Grâce à son succès dans Bridge Africa, MyJouleBox est depuis novembre 2017 accueilli au « Plateau », l’incubateur mis à la disposition des startups les plus innovantes par Société Générale en région parisienne. « Nous avions déjà été hébergés dans d’autres incubateurs mais celui-ci est particulièrement agréable. Il y a une importante rotation de nouveaux projets et cette dynamique vient nourrir le nôtre. Car, même si les activités sont différentes, nous sommes tous confrontés aux mêmes questions comme trouver des financements, de nouveaux partenaires ou identifier des moyens de gagner en visibilité. Et puis, en étant présent au « Plateau », nous avons accès à des experts Société Générale qui nous ouvrent de nouvelles portes, infranchissables autrement. Tous ces échanges nous apprennent à parler le même langage que nos interlocuteurs, souvent très éloigné du nôtre. Nos propositions sont désormais beaucoup plus structurées au niveau financier et surtout immédiatement accessibles pour des personnes ne connaissant ni notre activité, ni notre métier. Nous sommes également toujours force de proposition car c’est à nous de prouver que notre projet apportera de la valeur à notre partenaire. Nous espérons que notre passage sur le « Plateau » aboutira sur une grande synergie entre MyJouleBox et Société Générale pour le développement de l’Afrique.

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