Terres en mêlées, le rugby pour favoriser l’éducation en Afrique

Distinguée par la World Rugby en 2017, Terres en Mêlées a développé un programme socio-éducatif innovant déployé aujourd’hui au Burkina Faso, au Maroc, à Madagascar et au Togo. L’association est un des 3 partenaires prioritaires Afrique de la Fondation Société Générale. Le 12 septembre 2018, Terres en Mêlées gagne le prix Beyond Sport Global Award 2018 et reçoit la plus haute distinction du sport mondial l’Award Sport for Equality devant les instances du sport mondial (NBA, FIFA, CIO, Ligue Baseball…)

À l’origine de cette association, il y a l’histoire d’un homme, Pierre Gony. Cet ancien joueur professionnel du Stade Toulousain a été ensuite éducateur dans des zones prioritaires. En 2011, il décide de partir effectuer un tour d’Afrique à vélo avec, sur son porte-bagages, un ballon de rugby. « Cela a été une révélation. J’ai vécu des moments intenses dans les villages avec ce ballon ovale qui me permettait d’entrer directement en contact avec les populations en faisant tomber les barrières culturelles. »

Une forte ambition pour la jeunesse et les femmes

Lors de son retour en France, il décide avec quelques amis de lancer l’association Terres en Mêlées. Et Pierre Gony a déjà une idée parfaitement claire du projet : « Nous avons souhaité dès le lancement que notre initiative de rugby solidaire serve l’émancipation des jeunes filles, l’égalité fille garçon, la préservation de l’environnement et le dialogue interculturel. » Des objectifs particulièrement ambitieux puisqu’ils couvrent 4 des 17 objectifs de développement durable à l’horizon 2030 définis par l’ONU.

Sans la connexion établie grâce au rugby, nous ne pourrions jamais évoquer des sujets comme les mariages forcés.

Pierre Gony, Fondateur, Directeur de l'association Terres en Mêlées

Transférer des compétences localement

Pour déployer son action, Terres en Mêlées s’appuie sur une double approche : la formation spécifique de professeurs d’éducation physique et des écoles de rugby, les Rugby Academy. « Nous avons créé un nouveau métier, celui d’éducateur au développement durable par le rugby en partenariat étroit avec les ministères de l’éducation national et les ministères de la jeunesse et des sports de chaque pays. Nous avons par exemple formé 350 enseignants et professeurs d’EPS et jeunes leaders à Madagascar dont la majorité sont des femmes. Elles sont totalement indépendantes de l’association. C’est un réel atout pour nous car cela nous permet d’intervenir ensuite durant les heures de cours dans les écoles en partageant des approches communes. » Terres en Mêlées a en effet développé une méthode particulière fondée sur plusieurs étapes. « Dans un premier temps, nous éveillons les enfants à leur relation à eux-mêmes et aux autres. À partir du moment où le jeune a pris confiance en lui, dans le groupe et l’équipe d’encadrants, nous commençons à le sensibiliser à des sujets essentiels, adaptés aux enjeux du pays. » Au Maroc, les équipes insistent ainsi sur la question de la mixité entre les filles et les garçons. À Madagascar, l’accent est mis sur la prévention des grossesses précoces. Autre démarche au Burkina Faso avec des jeunes des villes sensibilisés à l’isolement d’autres joueurs vivant dans les villages quand ceux des villages sont interpellés sur l’impact de la pollution des villes.  « Sans la connexion établie grâce au rugby, nous ne pourrions jamais évoquer des sujets comme les mariages forcés ou la lutte contre les grossesses précoces. Nous éveillons la curiosité des enfants en leur faisant découvrir ces thèmes mais aussi en leur permettant de se rencontrer, d’échanger autour de leurs cultures et de nouer des liens d’amitiés au delà des différences culturelles, religieuses ou sociales. Avec Terres en Mêlées, ils ont l’opportunité de voyager à travers leur pays voire même parfois à l’étranger. Pour les jeunes joueuses Togolaises cela représente une chance unique puisque les femmes dans ce pays n’ont que très peu accès au sport. »

Nous avons souhaité dès le lancement que notre initiative de rugby serve l’émancipation des jeunes filles, l’égalité fille garçon, la préservation de l’environnement et le dialogue interculturel

Pierre Gony, Fondateur, Directeur de l'association Terres en Mêlées

31 Terres en Mêlées Academy dans 4 pays

Les TEM Academy représentent un lieu d’éducation sportive et de sensibilisation privilégié. Terres en Mêlées compte ainsi 4 écoles au Burkina Faso, 12 à Madagascar, 2 au Maroc et 13 au Togo. Elles accueillent 8 000 jeunes dont une majorité de filles. « Nous organisons différents types d’événements. Cela peut être des tournois locaux, régionaux voire internationaux. Cela représente un moyen fantastique d’abolir les frontières culturelles entre les populations. Nous proposons également des actions d’éducation environnementales pour sensibiliser les jeunes à la nécessité de préserver l’environnement. Terres en Mêlées organise aussi régulièrement des conférences en invitant des intervenants extérieurs comme des universitaires parfois étrangers. » En 2017, la fédération internationale –World Rugby– a désigné TEM comme l’une des 5 meilleures associations au monde utilisant le rugby en faveur des objectifs de développement durable« Ce coup de projecteur sur notre action nous a rendus beaucoup plus visible auprès des fédérations nationales et des autorités de tutelle au sein des différents gouvernements. » Aujourd’hui, de nombreux pays sollicitent l’association pour le déploiement d’écoles et de formations des éducateurs. Mais les équipes souhaitent pour le moment pérenniser les initiatives actuellement mis en place avant d’en lancer d’autres. « Nous devons trouver un modèle économique durable pour chaque projet. » Autre élément de réussite ? La mise en place systématique d’un management local. « Aucun Européen ne dirige une Rugby Academy en Afrique. C’est primordial pour nous en termes d’exemplarité et pour que les personnes s’approprient le projet. »

Société Générale, un partenaire historique

Société Générale occupe une place particulière dans la vie de l’association. Le soutien s’est dans une première phase traduit par des financements provenant de filiales présentes dans les pays. Nous avons ainsi reçu une subvention de 20 000 € en 2016 pour le projet de Madagascar puis de 30 000 € en 2017. » Depuis 2018, tout s’est accéléré. « Pour la période 2018-2020, nous sommes partenaire prioritaire Afrique de Société Générale. Cela se traduit par une allocation de 100 000 € en 2018 qui co-financent nos projets d’éducation au développement en Afrique. C’est fantastique de nous appuyer sur une telle visibilité après des années très difficiles. » Pour Pierre Gony, l’Afrique dispose d’une opportunité unique de se forger un nouvel avenir, mais, comme il le souligne « Il faut l’aider. Car, aujourd’hui, le quotidien pour un jeune africain, c’est souvent la galère. Le changement ne peut venir que de la jeunesse ! » Le partenariat prévoit aussi du mécénat de compétences avec le soutien d’équipes locales dès 2019. « Nous avons identifié des besoins de formation de nos équipes dans des domaines variés comme la gestion prévisionnelle ou l’animation des réseaux sociaux. » Et le partenariat dépasse bien souvent les frontières de l’entreprise. De nombreux collaborateurs s’impliquent personnellement auprès des jeunes sur leur temps libre. « C’est vraiment très intéressant de voir se développer ce phénomène sur un continent où le secteur associatif est peu présent. Récemment, les collaborateurs de Société Générale sont venus arbitrer un match de jeunes à Madagascar. C’est le début de très belles aventures humaines avec l’épanouissement de nombreux jeunes à la clé. »

Repères

  • 2011 : création

  • 450 éducateurs formés

  • 31 Rugby Academy

  • 8 000 enfants accueillis

  • 51 500 enfants sensibilisés

  • 27 000 filles sensibilisées

Portrait de Marcelia, une jeune rugbywoman

Terres en Mêlées a participé à la réalisation d’un film basé sur la vie de Marcelia, une jeune maman de 16 ans, « La jeune fille et le ballon ovale ». Elle raconte comment le rugby a transformé sa vie tout en dévoilant son quotidien avec ses coéquipières participant au championnat national scolaire de Madagascar. Compte tenu de l’impact de son action, l’association vient d’être retenue par Yann Arthus Bertrand pour témoigner dans son nouveau film, « Woman ».