So British ! Londres, 1871 : la première implantation internationale du Groupe

Peu après sa fondation, Société Générale cherche à étendre ses activités à l’étranger pour accroître le volume de ses affaires. C’est naturellement au cœur de la City, où de puissants liens l’attachent, qu’elle se lance dans l’aventure…

Automne 1870. Paris est en état de siège. Les troupes prussiennes encerclent la capitale et gagnent chaque jour du terrain. Tout juste proclamée, la IIIe république est menacée d’asphyxie économique. Entre deux bombardements, la direction de Société Générale se réunit en session extraordinaire. Elle s’inquiète notamment des difficultés croissantes qu’elle rencontre pour maintenir ses communications avec son réseau provincial et pour correspondre avec ses partenaires européens. Tandis que ses réserves s’amenuisent, elle ne peut plus recevoir les fonds qui lui sont destinés, par exemple les revenus des emprunts à court terme des États étrangers, comme l’Empire ottoman. Une position délicate qui, à terme, pourrait l’empêcher à la fois d’alimenter ses guichets, de rétribuer le personnel et d’honorer ses engagements auprès de sa clientèle. Il apparaît clairement qu’un rouage manque dans le dispositif de la banque. D’autant que la prolongation des hostilités, puis la conclusion d’un armistice, créent un climat propice à l’éclosion d’une insurrection populaire sur fond de revendications sociales. À la mi-mars 1871, la Commune de Paris débute.

Dans l’intervalle, les administrateurs de la banque ont jeté leur dévolu sur Londres. À cela, rien de plus naturel. Dès sa fondation, Société Générale entretient des rapports privilégiés avec la City, centre névralgique de la finance internationale. Parmi ses actionnaires, elle compte le General Credit & Finance of London dont le représentant, Samuel Laing, siège au Conseil d’administration. Plus encore, l’un de ses pères fondateurs, le financier écossais Edward Blount, veille personnellement à l’extension de ce réseau outre-Manche. À deux reprises, d’ailleurs, ce dernier fait jouer ses relations pour obtenir des avances auprès des banquiers londoniens pendant la guerre franco-prussienne et les désordres civils qui s’ensuivent. Ce concours opportun vient cimenter des liens déjà existants et invite la direction de Société Générale à franchir un pas supplémentaire. Le 27 mars 1871, la décision est prise d’ouvrir un bureau provisoire, bientôt transformé en succursale permanente, dans la capitale britannique. Ainsi s’ouvre une nouvelle page de l’histoire de la banque. C’est la première fois, en effet, qu’elle s’implante à l’étranger par le biais d’une représentation directe.

Les débuts sont prometteurs. Pour l’essentiel, Société Générale intègre des syndicats d’émission mis en place pour soutenir les emprunts d’État ou de municipalités en Amérique du Sud et en Asie. Elle assied la réputation de son savoir-faire en ingénierie financière et s’insère au cœur du système commercial et bancaire mondial. En raison du volume croissant de ses affaires, elle est contrainte de déplacer ses locaux à plusieurs reprises. D’abord situés au 13 Leadenhall Street, ses bureaux sont installés sur Lombard Street en 1876, puis du côté de Fenchurch Street en 1893. En 1905, elle opte pour un emplacement éminemment stratégique, au 105-108 Old Broad Street, à proximité de la banque d’Angleterre et du Royal Exchange…  Au tournant du siècle, elle ouvre un second bureau sur Regent Street, l’une des rues les plus commerçantes de Londres.

Au fil du temps, elle y développe avec succès son métier de banque financière. Pendant l’entre-deux-guerres, la succursale londonienne joue notamment le rôle de cambiste, c’est-à-dire de maison de change, veille à la mise en place des plans de versement des réparations allemandes, et participe aux grands emprunts d’Etat des pays d’Europe centrale et balkanique. C’est à cette époque qu’elle enregistre pour la première fois une percée de ses activités de banque commerciale ; elle multiplie les opérations d’escompte et encaissements d’effets dans le secteur industriel. Parmi ses clients, on compte des multinationales telles que Total, Hutchinson et Michelin. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Organisation européenne de coopération économique, chargée de mettre en œuvre le plan Marshall à partir de 1949 et ancêtre de l’actuelle OCDE, fait également confiance à Société Générale à Londres pour ses règlements de trésorerie.

En mai 1971, c’est dans ses locaux d’Old Broad Street, qu’elle a depuis abandonnés au profit des bâtiments modernes de Tower Hill et d’Exchange House, que Société Générale célèbre le centenaire de sa présence au Royaume-Uni. À cette occasion, Jacques Ferronnière, le PDG de la banque, se voit remettre une médaille à l’effigie d’Edward Blount, sujet britannique... et l’un de ses prédécesseurs à la tête de l’établissement (1886-1905). Un symbole bienvenu pour rappeler les liens anciens unissant le Groupe à son implantation outre-Manche.