Au cours de la dernière décennie, la croissance réelle du PIB en Afrique s’est établie à 5,4% par an, plus du double du rythme des années 80 et 90. Ainsi, le PIB du continent dans son ensemble atteignait 1 600 milliards de $ en 2008, soit l’équivalent du Brésil ou de la Russie. En outre, l’Afrique a plutôt bien résisté à la crise mondiale, avec une croissance de 2,5 % en 2009, la 2e région la plus dynamique après l’Asie émergente.
Cette accélération est liée à la forte hausse du prix des matières premières enregistrée depuis 2003. A titre d’exemple, après avoir stagné aux alentours de 20 $ entre 1990 et 2003, le prix du baril de pétrole est passé à 145 $ pendant l’été 2008, et atteint aujourd’hui 80 $. L’Afrique a profité de ce boom. La production pétrolière du continent a progressé de 24 % depuis 2000, la plus forte hausse régionale. Toutefois, il ne faudrait pas limiter le réveil africain aux matières premières. Selon une étude du McKinsey Global Institute, les ressources naturelles, ainsi que l’accroissement des dépenses publiques permis par ces ressources, expliquent près du tiers de la croissance du continent entre 2000 et 2008. Plus généralement, les pays africains ne disposant pas de ressources naturelles importantes ont enregistré une croissance annuelle moyenne de 4,2 % entre 2000 et 2008 ; Une performance pas si éloignée de celle des pays africains exportateurs de matières premières (6,6 %).
Le continent a également profité du dynamisme des autres pays émergents, tiré par la Chine et l’Inde. A l’image de l’évolution de la demande de pétrole (1), les relations commerciales de l’Afrique se sont réorientées vers les pays émergents. Depuis 2000, la part de l’Asie dans les échanges commerciaux a doublé, dépassant aujourd’hui 28 %, pendant que l’Europe de l’Ouest voyait son poids passer de 51 % à 28 %. Ce poids croissant des relations « sud-sud », s’illustre également par d’importants investissements directs étrangers (IDE) : la Chine a ainsi promis d’investir 6 milliards de $ en République Démocratique du Congo, en échange d’un accès privilégié aux importantes ressources minières de ce pays. Plus généralement, les IDE en Afrique sont passés de 10 milliards de $ en 2000 à 72 milliards de dollars en 2008 (ils ont atteint 59 milliards de dollars en 2009).
Deux derniers facteurs importants expliquent cette croissance.
- Premièrement, la plupart des pays s’est engagé dans de vastes réformes macroéconomiques. En moyenne sur le continent, la dette publique est passée de 72 % du PIB en 2000 à 38 % en 2009. Dans le même temps, la dette externe a été réduite de 130 % des exportations à 52 %. Le climat des affaires s’est également amélioré. Le Rwanda a ainsi été nommé « pays le plus réformateur » par le dernier rapport Doing Business de la Banque Mondiale.
- Deuxièmement, la situation politique du continent s’est globalement améliorée. Le nombre de conflits s’est largement réduit. Alors que dans les années 90, 22 chefs d’états Africains avaient été renversés par un coup d’état, ce nombre s’est réduit à 7 depuis l’an 2000.
Le dynamisme du continent devrait se confirmer, avec un potentiel de croissance supérieur à 5 %.
A nouveau, le facteur matières premières devrait jouer. En effet, l’Afrique dispose de larges réserves de matières premières : 10 % des réserves mondiales de pétrole, et de 8 % des réserves de gaz. Au niveau minier, le continent détient 30 % ou plus des réserves mondiales d’aluminium, de cobalt, de cuivre, de diamants, d’uranium et de PGM (Platinum Group Metals). Or le développement rapide des pays émergents est à l’origine d’une hausse structurelle de la demande de matières premières. A titre d’exemple, selon la US Energy Information Administration, la consommation totale de pétrole des pays émergents devrait augmenter de plus de 60 % d’ici à 2035, alors même que celle des pays de l’OCDE devrait stagner.
L’Afrique pourrait également développer un fort potentiel agricole pour l’instant largement inexploité. Aujourd’hui, alors que le continent abrite un quart des terres arables mondiales, il n’est à l’origine que de 10 % de la production agricole globale. Pour développer ce potentiel, le continent devra répondre à de nombreux défis : fragmentation des exploitations agricoles (85 % font moins de 2ha., contre 11 % au Brésil), manque d’investissement et d’infrastructures.
A plus long terme, le facteur démographique représentera la principale source de croissance. En effet, alors que les autres continents ont largement entamé ou terminé leur transition démographique, l’Afrique la commence à peine : le continent profitera d’une forte augmentation de sa population active (15-64 ans). Selon les projections des Nations Unies, la part de la population active dans la population totale déclinera en Europe et en Amérique du Nord dès 2010. Ce retournement aura lieu en 2030 en Asie et en Amérique du Sud, tandis qu’en Afrique, la transition ne s’effectuera qu’après 2050. La population active du continent (aujourd’hui estimée à 500 million) devrait excéder 1,3 milliards en 2040, supérieure à celle de la Chine ou de l’Inde. L’urbanisation est également rapide : en 1980, seul 28 % des Africains vivaient dans une ville ; aujourd’hui, 40 % de la population du continent est urbaine. Le phénomène d’urbanisation reflète souvent la baisse structurelle du nombre de travailleurs agricoles (secteur à faible productivité), au profit des secteurs industriels et de services, à plus forte productivité. Aussi, l’urbanisation s’accompagne souvent d’une hausse de la productivité.
Cette croissance démographique va s’accompagner de l’émergence d’une classe moyenne. L’Afrique compte déjà plus de ménages appartenant aux classes moyennes (définis comme disposant d’un revenu supérieur à 20 000 $) que l’Inde. Cette émergence du « consommateur Africain » se reflète par un intérêt croissant des grandes multinationales. A titre d’exemple, Wal-Mart a annoncé son intention de racheter le distributeur sud-africain Massmart, présent dans 13 pays africains, pour 4,6 milliards de $.
Outre les importants défis que devra relever le continent Africain afin de réaliser pleinement son potentiel de croissance (notamment en matière d’infrastructures et de gouvernance), ce « décollage » ne doit pas masquer deux réalités.
- Premièrement, cette forte croissance reste parfois purement « comptable », et les conditions de vie de la plupart des Africains restent difficiles. Les pays africains continuent de fermer la marche de la plupart des classements de développement : sur les 24 pays à « développement humain faible » selon les Nations Unies, 22 sont africains.
- Enfin, si le potentiel « collectif » de croissance est élevé, les trajectoires individuelles semblent diverger et il existe plusieurs groupes de pays fort hétérogènes, confrontés à des défis différents.
(1) La demande de pétrole (en volume) des pays de l’OCDE a baissé de 5 % entre 2000 et 2009, contre une augmentation de 35 % pour les pays émergents.








