
Quel va être le climat économique général pour 2010 ?
L’année 2010 va être assez différente de 2009. En 2009, il faut se souvenir, la question en début d’année était « Est-ce qu’on va survivre à la crise ? ». Finalement, il y a eu du soulagement au cours de l’année de se sentir encore en vie et d’échapper à une catastrophe encore plus grave. Pour rester dans la métaphore médicale, le thème dominant en 2010 sera plutôt celui de la convalescence. On va se poser des questions du type : « est-ce que l’économie mondiale est véritablement guérie ? est-ce qu’il y a un risque de rechute ? est-ce qu’il va y avoir des séquelles durables de la crise ? ». Face à ces interrogations, je vois deux risques. Le premier, qui porte sur le second semestre 2010, c’est que les effets de la reprise technique par les stocks et par le stimulus budgétaire s’épuisent .Le deuxième risque, à plus long terme, est lié aux divergences de croissance entre, d’un côté, le monde dit développé et, de l’autre, le monde dit « émergent ». Ces divergences peuvent être une source d’instabilité financière, par exemple en entrainant des « bulles » ou un excès de flux de capitaux vers les économies émergentes. Par ailleurs, une hausse excessive du prix des matières premières, et en particulier du prix du pétrole, pourrait avoir des effets défavorable sur les pays industrialisés.
Quels sont les défis sur lesquels les pays vont devoir se concentrer ? La presse parle notamment de l’emploi ou de la dette publique.
C’est là où cela va être très compliqué pour les gouvernements. En théorie, il faudrait d’abord soutenir la reprise de l’activité et de l’emploi, puis assainir les finances publiques une fois la croissance solidement établie. C’est ce qu’on appelle les stratégies de sortie de crise, ou « d’exit », et le G-20 recommande justement de procéder dans cet ordre là. Ceci dit, c’est plus facile à dire qu’à faire : si l’on met en place trop vite ces stratégies de sortie, on risque alors de tuer la reprise ; inversement, si l’on attend trop, on risque de provoquer de nouvelles bulles, ou encore de susciter des craintes sur les marchés de dette publique avec une envolée des taux d’intérêt à long-terme. Les risques d’exécution sont donc très élevés.
Peut-on affirmer qu’en 2010 la crise sera derrière nous ?
Non, on peut seulement affirmer que le pire est probablement derrière nous, et qu’en particulier le point bas du cycle économique a été touché. En revanche, les effets de la crise vont encore durablement se faire sentir. Ceci va notamment se voir sur le marché du crédit : les ménages et les entreprises ont encore du désendettement à faire, tandis que les banques n’ont pas fini d’apurer leurs bilans. En outre, les réglementations dans le secteur financier vont être durcies. Par ailleurs, du côté des finances publiques, les gouvernements vont devoir eux aussi se mettre à réduire leurs dettes, ce qui veut dire en particulier des hausses d’impôts. Au total, tout ceci veut dire que, pour les années qui viennent, il faut s’attendre à une croissance plus faible que ce qu’on a pu connaître au cours de la décennie précédente, et plus particulièrement dans les économies développées.








