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Fusions et acquisitions : une reprise en 2011-2012 ?

Par Daniel Fermon | Responsable Recherche ISR, SG CIB | 01/09/10

Avec l’amélioration de la situation financière des sociétés tant en Europe qu’aux Etats-Unis ou en Asie, les possibilités d’opérations de rapprochement semblent aujourd’hui nombreuses.

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A la recherche de nouvelles sources de croissance et de nouveaux domaines d’expansion stratégiques, les groupes pourraient se lancer dans des opérations plus agressives de croissance externe en 2011. Cependant, la première étape passe par une période de scission ou cession d’activités non stratégiques car nombre de sociétés ont aujourd’hui des activités trop diversifiées avec des filiales peu rentables ou n’ayant pas la taille critique.

Constitution de grands groupes internationaux
Les années 90 ont été marquées par la création de leaders nationaux en Europe, les fusions transfrontalières étant limitées. Entre 2000 et 2008, préoccupées par la mondialisation et l’ouverture de nouveaux marchés, les entreprises ont entrepris des fusions transfrontalières à un niveau sans précédent. Si tous les secteurs ont été concernés, le secteur financier a été le théâtre d’opérations spectaculaires comme la prise de contrôle d’ABN Amro qui s’est achevée avec le désastre provoqué par la crise de liquidité bancaire en 2008-2009.
Les deux principaux acquéreurs d’ABN Amro ont les premiers été pénalisés par cette conjoncture ; Fortis a été absorbée par BNP Paribas et Royal Bank of Scotland a été secourue par le gouvernement britannique.
Dans l’ensemble, au cours des 15 dernières années, plus de 40 % des sociétés figurant parmi les 50 premiers groupes mondiaux ont participé à des fusions de grande envergure ayant radicalement modifié leur profil.

Recentrage stratégique engagé
Aujourd’hui, certains groupes prennent conscience de la difficulté de gérer des sociétés trop diversifiées et cherchent donc à se recentrer sur leur cœur de métier avec deux, trois voire quatre entités stratégiques. Le gearing (endettement net rapporté aux fonds propres) reste bien maîtrisé (30% estimés même si cela varie fortement d’un secteur à l’autre) et, dans cet environnement de taux d’intérêts peu élevés, des cessions et des acquisitions ciblées sont probables.
Ainsi, la tendance depuis le début de l’année confirme-t-elle notre sentiment avec d’un côté un niveau de scissions et cessions élevé (en France scission d’Accor, cession des actifs britanniques d’AXA, en Grande-Bretagne scission de Carphone Warehouse et de Cable and Wireless, en Italie annonce de la scission de Fiat et cession partielle de la filiale d’énergie renouvelable d’Enel attendue pour l’automne, etc.) et, de l’autre, peu de fusions d’envergure (la principale étant en Europe le rachat de Cadbury par Kraft critiquée tant par le gouvernement anglais que par certains actionnaires de Kraft).

Asie et Amérique latine : relais de croissance
Outre les scissions d’activité, la deuxième tendance semble aujourd’hui être le développement vers les marchés émergents.
Ainsi, les groupes recherchent-ils actuellement des zones de croissance malgré la valorisation élevée des sociétés implantées sur ces marchés.
Au niveau sectoriel, on peut distinguer deux cas spécifiques :
• les secteurs tels la banque, le pétrole, l’automobile, certains segments technologiques où les pays émergents ont déjà des champions nationaux et vont concurrencer directement ou indirectement les groupes occidentaux. Des acquisitions dans les deux sens peuvent être envisagées ;
• les secteurs où les pays émergents sont encore peu présents et qui souhaitent développer ces industries. Peu d’opérations avec ces pays sont envisagées mais il y aura plutôt un développement par croissance interne (pharmacie, agroalimentaire, etc.).
L’attrait des pays émergents est aujourd’hui considérable et les acquisitions réalisées dans une optique d’ouverture à ces nouveaux marchés de croissance est une tendance longue. Ainsi, les économistes du FMI prévoient-ils que près de 50% du PIB mondial sera réalisé dans ces pays en 2014 contre seulement 25% en 2000.
Dans un contexte de marchés financiers erratiques et face aux enjeux de la mondialisation, les grands groupes internationaux ont choisi ces dernières années de se concentrer sur leur coeur de métier et de céder leurs activités non stratégiques. Les OPA vont devenir moins spectaculaires, les acheteurs souhaitant éviter toute dégradation de leur note par les agences de notation et toute critique sur les risques liés à une stratégie agressive. Dans cet environnement, les sociétés qui réussiront à se recentrer sur leur cœur de métier et à développer de nouvelles compétences dans les marchés émergents seront les grandes gagnantes de la compétition mondiale de demain.

Les entreprises de taille moyenne, premières visées
Les opérations de grande envergure et la création de leaders européens, voire internationaux, ont donné des résultats mitigés pour les actionnaires. Les cibles des prochaines opérations de fusions et acquisitions seront d’abord des entreprises de taille moyenne et ce, d’autant plus que les autorités de la concurrence européennes restent vigilantes et pourraient freiner certaines opérations. Ainsi, anticipons-nous un retour aux offres de rachat classiques par opposition aux grandes opérations spectaculaires des quinze dernières années. En nous fondant sur nos analyses de la consolidation sectorielle, nous estimons que ce sont les opérations de taille moyenne, en deçà de 3 milliards d'euros, qui seront privilégiées.

QUELLES MOTIVATIONS EN MATIÈRE DE RAPPROCHEMENT ?
Quatre facteurs peuvent pousser la direction d’une société à lancer une offre de rachat :

  1. la nécessité de trouver de nouvelles sources de croissance, auquel cas les sociétés se tournent vers les marchés émergents si elles trouvent des cibles correspondantes ;
  2. une recherche de complémentarité pays/produits ;
  3. un cash-flow excédentaire, mais actuellement les groupes préfèrent conserver ce cash-flow dans l’attente d’une amélioration de la visibilité au niveau économique aux Etats-Unis et en Europe ;
  4. une valorisation élevée par rapport à la moyenne du secteur, qui favorisera les paiements en actions.

Outre ces facteurs, une acquisition peut être réalisée par opportunisme ou dans le but d’empêcher toute absorption par un concurrent : en d’autres termes, mieux vaut être le prédateur que la proie.

De leur côté, les caractéristiques des sociétés cibles sont d’autant plus variées que les situations exceptionnelles ne manquent pas. Les plus communes sont :
• une valorisation inférieure à la moyenne sectorielle ;
• un besoin de restructuration avec une profitabilité (rendement des fonds propres) faible;
• une stratégie peu convaincante accompagnée de publications successives de résultats décevants qui finissent par faire douter d’une croissance des bénéfices pour les années suivantes ;
• une petite taille par rapport à la moyenne du secteur – ces sociétés ont besoin de partenaires (sauf si elles opèrent dans un marché de niche) ;
• des filiales avec des actionnaires majoritaires à leur capital qui veulent procéder à un retrait de la cote.


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