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Russie : vers une reprise graduelle

Par Ariel Emirian | Adjoint au chef économiste - pays émergents | 06/04/10

La Russie a été particulièrement touchée par la crise financière internationale, mais l'économie russe se redresse graduellement.

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Ariel Emirian

La Russie a été l’un des pays fortement touchés par la crise financière internationale en raison de l’effondrement, fin 2008, des prix des hydrocarbures (premier poste d’exportation du pays) qui a conduit à la dévaluation du rouble. La crise a été habilement gérée par les autorités russes qui ont notamment orienté leur plan anticrise de manière à assurer la stabilité du système bancaire. Cette gestion a été rendue possible en partie grâce au niveau élevé des réserves de change de la Russie et qui ont permis de faire face au choc externe. En 2010 nous attendons une reprise de la croissance (entre 3 % et 4 %) tirée en grande partie par les exportations et les dépenses publiques. Nous pensons que la demande domestique ne prendra le relais qu’à partir de 2011.

L’économie russe se redresse graduellement depuis quelques mois (après une contraction de 8 % en 2009) grâce à la remontée des prix des hydrocarbures, la reprise des exportations ainsi que de la production industrielle. Toutefois, les signes de rebond de la consommation et l’investissement domestiques tardent à venir. Le chômage reste élevé (proche de 9 %) et les enquêtes suggèrent une stagnation de l’investissement dans les prochains mois. L’inflation a diminué sous l’effet de la récession et d’une baisse des prix alimentaires mais elle reste structurellement élevée (au dessus de 7 %). La tendance baissière pourrait toutefois s’inverser lorsque la demande domestique repartira, en raison de la structure encore relativement peu concurrentielle de l’économie.

Après la dévaluation de 35 % contre dollar au premier trimestre de 2009, le rouble s’est réapprécié de plus de 20 % depuis un an grâce au rétablissement des excédents commerciaux et au retour des capitaux. Ceci a permis à la Banque centrale de Russie de baisser ses taux directeurs. Par ailleurs, la situation du secteur bancaire s’améliore progressivement et ses besoins de recapitalisation diminuent grâce au ralentissement des impayés, la baisse des coûts de refinancement ainsi que la hausse des dépôts. Dans ces conditions, le crédit domestique devrait pouvoir redémarrer de manière graduelle.

La sortie de la Russie de la crise est plus lente que celle d’autres grands pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil. Néanmoins, le pays entame cette période dans une très bonne situation financière, avec des déficits budgétaires plus faibles que prévus et un taux d’endettement public dérisoire (en dessous de 10 % du PIB). Par ailleurs, la Russie est toujours en position de force pour faire face à des chocs externes disposant toujours d’un niveau élevé de réserves de change (les troisièmes au monde). Sur le moyen terme, d’importantes réformes structurelles restent à faire de manière à améliorer la compétitivité de l’économie et la rendre ainsi moins dépendante des flux de capitaux externes et des prix des matières premières.