La sphère financière : après une crise aiguë, la convalescence

Par Hervé Monet | Directeur de la recherche économique | 30/07/09

La résolution de la crise de la sphère financière constitue une condition nécessaire à toute reprise économique durable.

Imprimer cette page
Envoyer par mail
Les flux RSS
Nous contacter
Ajouter aux favoris
Augmenter la taille de police
Reduire la taille de police

La résolution de la crise de la sphère financière constitue une condition nécessaire à toute reprise économique durable. Heureusement, des progrès significatifs ont été réalisés ces derniers mois sous l’impulsion des autorités publiques.

Après la faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, la sphère financière, déjà sous tension depuis plus d’un an, a vu sa situation se dégrader brutalement. Cette faillite a en effet marqué une remise en cause du postulat selon lequel les grands établissements financiers étaient « trop gros pour faire faillite » (too big to fail), c’est-à-dire que les États viendraient à leur secours en cas de difficultés afin de prévenir tout risque de faillites en chaîne. L’émergence de ce risque bancaire, potentiellement dévastateur, a provoqué une crise de confiance généralisée ainsi qu’une paralysie des marchés et des circuits financiers.
Afin d’éviter que d’autres grandes banques fassent faillite à leur tour par manque de liquidités et que les canaux de financement des économies soient coupés de façon durable et profonde, les banques centrales et les gouvernements ont réagi. Outre le renforcement, dans certains pays, des garanties de dépôts, ils se sont attaqués de front aux trois principaux points de blocage de la sphère financière.

Rétablir la liquidité bancaire
Face au gel des marchés interbancaires, qui, en temps normal, permettent aux banques d’emprunter ou de prêter à court terme les liquidités dont elles ont besoin ou qu’elles ont en excès, les banques centrales ont réduit leurs taux directeurs (de 4,25 % début octobre 2008 à 1 % début mai dernier pour la BCE) et étendu leurs programmes d’approvisionnement en liquidité de leurs systèmes bancaires, particulièrement la BCE.

Resolvabiliser les banques pour leur permettre de prêter
Dans un contexte de forte aversion au risque qui restreignait l’accès aux capitaux privés, les gouvernements, via plusieurs vagues de recapitalisations, ont renforcé la solvabilité des banques et mis en place des systèmes de garantie de leurs nouvelles émissions de dette à moyen terme, afin de faciliter leur refinancement. La BCE a également lancé, début juillet, un programme d’achat d’obligations sécurisées de 60 Mds €, rouvrant ainsi un canal important de refinancement des banques européennes. Dans plusieurs pays (États-Unis, Royaume-Uni, Benelux, Suisse…), les autorités ont, soit garanti contre rétribution des portefeuilles d’actifs toxiques figurant au bilan de banques particulièrement affectées par la crise afin de circonscrire les pertes encourues, soit créé des structures de défaisance (des bad banks) qui permettent aux banques de se séparer d’actifs toxiques décotés. Ces mesures facilitent le retour à un fonctionnement normal des banques concernées et renforcent leur capacité à prêter.

Relancer les marchés financiers
Enfin, plusieurs banques centrales ont soutenu directement des marchés de titres de dette, fortement perturbés par la montée de l’aversion au risque des investisseurs, en achetant directement des titres émis sur ces marchés. La Federal Reserve est particulièrement active sur ce point. En effet, l’économie américaine se finance en majorité via les marchés, à l’inverse de la zone euro où le financement bancaire domine.

Des résultats tangibles, mais pas encore de retour à la normale
Outre le fait qu’elles ont évité, fin 2008, l’enclenchement d’une crise systémique majeure et une récession économique bien plus profonde que celle, déjà historique, que nous traversons, ces politiques volontaristes enregistrent des résultats significatifs, même si l’ampleur des progrès est variable selon les catégories d’actifs financiers.
Sur les marchés interbancaires, les taux d’intérêt, qui s’étaient envolés à l’automne 2008, ont rapidement baissé, facilitant le refinancement à court terme des banques et, par suite, permettant un maintien de l’offre de crédit. Les baisses de taux d’intérêt directeurs sont ainsi passées de plus en plus directement aux agents privés.
Les incertitudes portant sur la qualité des actifs des banques et, corrélativement, leurs éventuels besoins de recapitalisation, se sont atténuées tout en restant non négligeables puisqu’elles dépendent également de la durée de la crise. Deux éléments favorables ont joué récemment : les résultats encourageants des stress-tests conduits par les 19 plus grandes banques américaines ; la multiplication d’indicateurs conjoncturels indiquant que la récession entrait dans une phase sensiblement moins dure que celle observée au tournant des années 2008-2009, le point bas de l’activité ayant sans doute été touché au 2e trimestre 2009. Aussi, si les conditions de crédit des banques (marge de taux d’intérêt, collatéral et apports demandés…) ont continué de se durcir début 2009, la crise économique mondiale induisant une augmentation considérable du coût du risque, c’est à un rythme nettement plus faible que fin 2008, tant en zone euro qu’aux États-Unis.
Le spectre d’une crise systémique mondiale s’étant éloigné et le scénario d’une longue période conjuguant déflation et croissance très faible apparaissant bien moins menaçant, l’aversion au risque s’est significativement atténuée sur les marchés financiers. Corrélativement, on note un rebond des émissions obligataires des entreprises non-financières depuis janvier, témoignant du retour sur le marché des investisseurs dès lors que les émetteurs sont de bonne qualité et les rémunérations attractives.
Les marchés actions et de change semblent également être sur la bonne voie : depuis mars, les premiers ont effacé les pertes enregistrées sur les deux premiers mois de l’année, tandis que les devises des pays émergents, qui bénéficient également du renforcement des moyens du FMI décidé lors de la réunion du G20 de début avril, tendent à s’apprécier après les chocs baissiers subis fin 2008-début 2009.